{"id":12394,"date":"2026-04-29T17:51:23","date_gmt":"2026-04-29T13:51:23","guid":{"rendered":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-fanny-desjardins\/?p=12394"},"modified":"2026-04-30T08:23:21","modified_gmt":"2026-04-30T04:23:21","slug":"la-semaine-de-fanny-quand-les-eleves-deviennent-des-passeurs-de-memoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-fanny-desjardins\/la-semaine-de-fanny-quand-les-eleves-deviennent-des-passeurs-de-memoire\/","title":{"rendered":"La semaine de Fanny\u00a0: Quand les \u00e9l\u00e8ves deviennent des passeurs de m\u00e9moire"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Les \u00e9l\u00e8ves de 4<sup>\u00e8me<\/sup>6 et 4<sup>\u00e8me<\/sup>4 ont travaill\u00e9 avec leurs professeurs d\u2019histoire-g\u00e9ographie (Mme Plante et Mme Pitou) sur la traite et l\u2019esclavage. Ils ont \u00e9crit des textes o\u00f9 ils ont bross\u00e9 le portrait de plusieurs esclaves. Il leur tenait \u00e0 c\u0153ur de les pr\u00e9senter ainsi que Fanny Desjardins esclave, affranchie, propri\u00e9taire d\u2019habitations et d\u2019esclaves dont le coll\u00e8ge porte le nom. Ils ont lu leurs textes devant les \u00e9l\u00e8ves de 6<sup>\u00e8me<\/sup> et au CDI durant la semaine du 20 au 24 Avril.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Ce moment n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 choisi au hasard car&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Le 27 Avril 1848 la France abolissait l\u2019esclavage dans les colonies<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Le 10 Mai 2001 elle reconnaissait la traite et l\u2019esclavage contre l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-pale-cyan-blue-background-color has-background\">Nos \u00e9l\u00e8ves ont donc \u00e9t\u00e9 des passeurs de m\u00e9moire pour que l\u2019histoire ne soit pas oubli\u00e9e. Ils ont donn\u00e9 la parole \u00e0 ceux dont m\u00eame les mots \u00e9taient enchain\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-white-background-color has-background\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-green-cyan-background-color has-background\"><strong>TEXTES des \u00e9l\u00e8ves<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pierre, noir de pioche. Une journ\u00e9e dans les champs.(Khalel 406)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je m\u2019appelle Pierre, j\u2019ai vingt-cinq ans. Le ma\u00eetre m\u2019a achet\u00e9 il y a trois ans \u00e0 un autre colon de l\u2019\u00eele. Il m\u2019a dit que j\u2019avais des bras faits pour manier la pioche. Depuis, tous les matins, au son de la cloche, je pars travailler dans les champs, du lever au coucher du soleil, sous la surveillance du commandeur, toujours pr\u00eat \u00e0 me fouetter si je m\u2019arr\u00eate un instant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c0 la mi-journ\u00e9e, je mange du ma\u00efs, du manioc ou du conflore pr\u00e9par\u00e9s par la cuisini\u00e8re des Noirs. Le soir, je retourne au camp ; je retrouve alors ma famille et mes amis autour du feu.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Lorsque vient l\u2019heure de dormir, je pense \u00e0 ma m\u00e8re, \u00e0 la douceur de sa voix qui me r\u00e9confortait autrefois, et je r\u00eave de libert\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le parcours de Joseph. (Layann 406)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il y a tr\u00e8s longtemps, mon pr\u00e9nom \u00e9tait Douloungu\u00e9. J\u2019avais deux fr\u00e8res et une s\u0153ur. Un soir, tout a bascul\u00e9 : jamais je n\u2019oublierai la nuit de la razzia. Ce fut une s\u00e9paration brutale.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>On m\u2019a encha\u00een\u00e9 dans la cale d\u2019un navire n\u00e9grier. L\u2019odeur y \u00e9tait insoutenable et beaucoup de mes semblables y sont morts.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c0 mon arriv\u00e9e sur l\u2019\u00eele Bourbon, on m\u2019a vendu. On m\u2019a donn\u00e9 un nouveau nom : Joseph. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 contraint de me soumettre au ma\u00eetre de la plantation et d\u2019accepter cette nouvelle existence, celle d\u2019esclave. Pourtant, au fond de moi, rien n\u2019effacera jamais qui je suis, ni les souvenirs de ma vie d\u2019avant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Chaque jour, en silence, je r\u00e9p\u00e8te mon nom : Douloungu\u00e9\u2026 Douloungu\u00e9\u2026 pour ne pas l\u2019oubli<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jules, marron. Ma vie loin des cha\u00eenes.(Waldrick 406)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J<em>e m\u2019appelle Jules, je viens de Madagascar. L\u00e0-bas, j\u2019avais un nom que je ne peux plus prononcer, comme si la mer me l\u2019avait arrach\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c0 l\u2019\u00eele Bourbon, j\u2019ai connu l\u2019esclavage. J\u2019ai fui parce que mon ma\u00eetre me maltraitait. Je suis devenu un esclave marron et je me suis r\u00e9fugi\u00e9 dans le cirque de Salazie, o\u00f9 j\u2019ai retrouv\u00e9 d\u2019autres esclaves en fuite.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>La peur d\u2019\u00eatre captur\u00e9 \u00e0 nouveau par les chasseurs d\u2019esclaves ne me quitte jamais, mais pour rien au monde je ne renoncerai \u00e0 ma libert\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u00e9lia,n\u00e9gresse de cour.(Bhavani 406)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J<em>e m\u2019appelle C\u00e9lia, j\u2019ai cinquante ans et je bo\u00eete depuis vingt ans, depuis une mauvaise chute sur les marches de la grande maison. Depuis ce jour, on ne m\u2019a plus envoy\u00e9e aux champs, ni m\u00eame \u00e0 la cuisine. Je suis d\u00e9sormais n\u00e9gresse de cour : je garde les enfants.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>On pourrait croire qu\u2019il est facile de s\u2019occuper d\u2019une bande d\u2019enfants, mais il faut les occuper sans cesse et les emp\u00eacher de faire des b\u00eatises. Cela m\u2019\u00e9puise et r\u00e9veille mes douleurs, mais ils me donnent aussi la force de continuer.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ils rendent mes journ\u00e9es moins longues et, pendant quelques instants, ils me font oublier ma condition d\u2019esclave.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Augustine, la cuisini\u00e8re esclave.(Chlo\u00e9)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je m\u2019appelle Augustine, j\u2019ai quarante ans. Je suis n\u00e9e dans une plantation et je suis devenue cuisini\u00e8re, comme ma m\u00e8re, qui m\u2019a tout appris.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je travaille dans une cuisine situ\u00e9e \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la grande maison, pour \u00e9viter les incendies, car nous cuisinons au feu de bois. Je pr\u00e9pare des carris, des fricass\u00e9es, des rougails pour les ma\u00eetres.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je me l\u00e8ve tr\u00e8s t\u00f4t chaque matin pour pr\u00e9parer tous ces plats : ils doivent \u00eatre servis chauds et \u00e0 l\u2019heure. Je suis souvent \u00e9puis\u00e9e, surtout \u00e0 cause de la fum\u00e9e qui m\u2019incommode, mais je n\u2019ai pas le choix.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Marie , la n\u00e9naine. (Emma 406)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je m\u2019appelle Marie, j\u2019ai trente ans et je n\u2019ai jamais connu la libert\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Depuis mon enfance, je suis au service de Madame. Je l\u2019ai suivie lorsqu\u2019elle s\u2019est mari\u00e9e, comme on suit un chemin trac\u00e9 d\u2019avance.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Aujourd\u2019hui, je suis la n\u00e9naine de ses enfants : je les lave, je les nourris, je les berce, je les soigne et je leur chante des comptines pour les endormir.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mon r\u00eave serait d\u2019\u00eatre libre, d\u2019avoir ma propre maison et d\u2019\u00e9lever mes enfants. Mais, au fond de moi, je sais que ce r\u00eave ne se r\u00e9alisera sans doute jamais.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La famille d\u2019esclave.(Nelson, Jessica)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je m\u2019appelle Didier, j\u2019ai trente et un ans. Je suis n\u00e9 sur la plantation de Madame Desbassyns, o\u00f9 je travaille aujourd\u2019hui comme noir de pioche.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Chaque jour, je peine sous la surveillance du commandeur. Quand je me r\u00e9veille \u00e0 l\u2019aube, je sais que m\u2019attendent la chaleur du soleil, la fatigue et la peur des coups de fouet.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mon seul r\u00eave, c\u2019est que mes enfants puissent un jour conna\u00eetre la libert\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je suis Flore, la femme de Didier. Moi aussi, je suis esclave et noire de pioche. Je suis \u00e9puis\u00e9e, le corps us\u00e9 par le travail, mais c\u2019est surtout l\u2019avenir de mes enfants qui me hante.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Moi, c\u2019est Alexis, j\u2019ai neuf ans. Je fais partie de la petite bande d\u2019enfants surveill\u00e9e par C\u00e9cilia, la n\u00e9gresse de cour.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Moi, c\u2019est Marie-Rose, j\u2019ai sept ans. Avec les autres, on fait souvent des b\u00eatises : on chaparde dans la cuisine, on taquine le vieux Z\u00e9raphin pour qu\u2019il nous raconte ses histoires.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Et moi, je suis Ang\u00e9lique, la petite derni\u00e8re. J\u2019ai cinq an<\/em>s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les souvenirs d\u2019Ad\u00e9laide.( May Line 406)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je me souviens encore de l\u2019endroit o\u00f9 je suis n\u00e9e : sur la plantation de Sainte-Marie, \u00e0 l\u2019\u00eele Bourbon.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>J\u2019\u00e9tais esclave de pioche, comme mes parents avant moi.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je me rappelle le son de la cloche qui nous r\u00e9veillait \u00e0 l\u2019aube et nous appelait au travail.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je coupais la canne, je d\u00e9sherbais les champs, je portais des charges lourdes, toujours sous la surveillance d\u2019un commandeur s\u00e9v\u00e8re.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Tout cela m\u2019a us\u00e9e, \u00e9puis\u00e9e, et m\u2019a laiss\u00e9 des s\u00e9quelles pour la vie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mon seul r\u00e9confort \u00e9tait de retrouver ma famille et mes amis le soir, autour du feu. Nous partagions le repas, nous chantions, nous dansions. C\u2019\u00e9taient les seuls moments de la journ\u00e9e o\u00f9 j\u2019oubliais ma condition, o\u00f9 je m\u2019\u00e9vadais de la triste r\u00e9alit\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Un jour pourtant, mon ma\u00eetre m\u2019a affranchie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>J\u2019ai aujourd\u2019hui soixante-quinze ans, et je peux enfin dire que je suis heureuse, m\u00eame si je n\u2019oublie pas mon pass\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pierre, noir de pioche par Maxime 404<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Bonjour, je m\u2019appelle Pierre, j\u2019ai 25 ans. Je suis un \u00ab noir de pioche \u00bb car je travaille dans les champs. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 achet\u00e9 par mon ma\u00eetre \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 16 ans. Je vivais \u00e0 l\u2019\u00e9poque en Afrique. Je me rappelle la cuisine de ma m\u00e8re. Je revois mon p\u00e8re travaillant dans les champs, mes fr\u00e8res \u2026. C\u2019\u00e9tait ma vie avant que je sois captur\u00e9 et vendu comme esclave.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Maintenant je me r\u00e9veille \u00e0 l\u2019aube, au son de la cloche. On se regroupe dans la cour. Le r\u00e9gisseur r\u00e9partit les t\u00e2ches. Aujourd\u2019hui on me demande de planter le ma\u00efs. Le commandeur est tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re. Il nous surveille\u2026 Il nous agresse\u2026Je suis fatigu\u00e9, j\u2019en ai marre\u2026 Je veux rentrer en Afrique\u2026 La cloche sonne \u00e0 nouveau pour aller manger. 30 minutes seulement \u2026 Aujourd\u2019hui c\u2019est haricots rouges et ma\u00efs. De retour au camp, le soir, apr\u00e8s le compte rendu de la journ\u00e9e on nous distribue nos rations : un bout de viande, un morceau de manioc. Je me dirige vers ma paillotte. J\u2019ai mal partout car j\u2019ai re\u00e7u des coups du commandeur. Je suis content de retrouver ma famille, ma femme et mon fils. Je les aime beaucoup. On a envie d\u2019\u00eatre libre de pouvoir faire ce qu\u2019on veut. J\u2019aimerais que mon fils, mon petit Amadou, devienne un homme libre, un homme heureux, un homme fort. Aujourd\u2019hui nous devons ob\u00e9ir et nous soumettre \u00e0 notre ma\u00eetre. J\u2019en ai marre de travailler sans gagner quelque chose. Je veux retourner en Afrique pour avoir des nouvelles de ma m\u00e8re. Je ne sais pas si elle est vivante ou si elle a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une famille d\u2019esclave par Zahra, Kyara, Gloria, Emma de 404<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je m\u2019appelle Didier et j\u2019ai 31ans. Je suis n\u00e9 sur la plantation o\u00f9 je travaille sans rel\u00e2che dans les champs. Je suis esclave, noir de pioche. Je me r\u00e9veille \u00e0 l\u2019aube, au son de la cloche et je rejoins les autres esclaves. Notre r\u00e9gisseur nous attribue les t\u00e2ches de la journ\u00e9e. Nous suivons le commandeur qui est tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re. Il nous oblige \u00e0 travailler sous la chaleur du soleil. Il fait r\u00e9gner la peur dans nos c\u0153urs. J\u2019ai toujours la boule au ventre. Si on fait le moindre \u00e9cart il nous frappe jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on tombe par terre et nous force \u00e0 nous relever. Malgr\u00e9 tout je r\u00eave d\u2019une vie meilleure pour mes enfants. \u00c0 la mi-journ\u00e9e les repas nous sont apport\u00e9s depuis la cuisine des noirs. Ce ne sont pas des repas de luxe : ma\u00efs, pois du cap. Nous nous remettons vite au travail sous la chaleur, les coups. Tout ce que j\u2019esp\u00e8re c\u2019est que mes enfants ne le voient pas. Au retour des champs, apr\u00e8s le compte rendu de la journ\u00e9e nos rations nous sont distribu\u00e9es. Je rentre dans notre case o\u00f9 je retrouve ma femme et mes enfants. C\u2019est par amour pour eux que je tiens.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je suis Flore, la femme de Didier. Comme lui je suis esclave, noire de pioche. Je travaille dans les champs et je connais la m\u00eame vie rude : Lever d\u00e8s l\u2019aube, la t\u00e2che attribu\u00e9e par le r\u00e9gisseur, le travail sous la chaleur et les coups du commandeur, les repas fades, \u00e0 peine suffisants. Malgr\u00e9 ma col\u00e8re et ma rage je me concentre sur l\u2019amour que je porte \u00e0 mes enfants et \u00e0 mon mari. Je garde l\u2019espoir qu\u2019un jour mes enfants auront une meilleure vie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Moi c\u2019est Alexis. J\u2019ai 9 ans. Je ne suis pas encore grand alors je reste avec la bande. C\u2019est C\u00e9lia, la n\u00e9gresse de cour, qui nous surveille. Elle nous fait balayer la cour. La plupart du temps on se sauve, on joue. On va piquer des choses dans la cuisine et emb\u00eater les poules. Notre repas : du manioc. Papa et maman travaillent sur la plantation. Quand ils arrivent ils sont fatigu\u00e9s et en piteux \u00e9tat. \u00c7a m\u2019inqui\u00e8te. Est-ce que moi aussi je vais devoir travailler dans ces conditions ? Sur ce sujet je me confie rarement. Heureusement que Z\u00e9phyrin avec ses histoires est l\u00e0 pour me changer les id\u00e9es. Un jour Marie-Rose et Marie Ang\u00e9lique sont parties fouiner dans la grande maison. Pour leur \u00e9viter les ennuis je suis all\u00e9 les chercher. Mais on s\u2019est fait surprendre par le ma\u00eetre \u2026 Un grand monsieur qui a cri\u00e9 tr\u00e8s fort apr\u00e8s nous. Maintenant \u00e0 chaque fois que nous passons devant la grande maison nous courrons car nous avons eu tr\u00e8s peur. Malgr\u00e9 cela mes deux s\u0153urs sont bien d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 continuer les b\u00eatises.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Moi c\u2019est Marie-Rose. J\u2019ai 7 ans. Avec la bande on fait tout plein de b\u00eatises. D\u00e8s que C\u00e9lia a le dos tourn\u00e9 nous nous enfuyons pour courir dans les couloirs de la cuisine. Quelque fois nous allons \u00e9couter les histoires de Z\u00e9phyrin. Il nous raconte l\u2019Afrique \u2026 la savane\u2026 les lions\u2026 les gu\u00e9pards. \u00c0 la fin de la journ\u00e9e nos parents rentrent fatigu\u00e9s, avec des blessures. Ils ne nous racontent pas leurs souffrances mais je sais qu\u2019ils se font frapper. Nous sommes esclaves. Nous appartenons au ma\u00eetre. Ils travaillent pour lui. J\u2019ai peur\u2026 un jour moi aussi lorsque je serai grande je vais devoir travailler dans les champs.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Moi je m\u2019appelle Marie-Ang\u00e9lique. J\u2019ai 5 ans. Je suis la plus petite mais \u2026 la plus maligne. Ma s\u0153ur, mon fr\u00e8re et moi nous sommes confi\u00e9s \u00e0 C\u00e9lia, la n\u00e9gresse de cour pendant que nos parents vont travailler. J\u2019ai toujours peur qu\u2019ils ne reviennent pas. Nous faisons partie de la petite bande. Tous ensemble on chaparde dans la cuisine et on emb\u00eate les poules. Moi, je cours apr\u00e8s la poule grise. Et bien s\u00fbr elle veut vite me donner des coups de bec. On s\u2019amuse vraiment. On se sauve pour aller chez Z\u00e9phyrin le vieux gardien africain. J\u2019aime bien ses histoires. J\u2019\u00e9coute parfois papa et maman. Ils se font frapper. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas pourquoi on est tous enferm\u00e9 ici et \u00e7a me fait peur.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u00e9lia, la n\u00e9gresse de cour par Teeyah, Prisl\u00e8ne et Alyssa 404<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J<em>e m\u2019appelle C\u00e9lia. J\u2019ai cinquante ans. Je suis une n\u00e9gresse de cour. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 bless\u00e9e il y a quelques ann\u00e9es : une mauvaise chute dans les escaliers de la grande maison. Cela me fait boiter. Je ne peux plus faire de travaux trop physiques. On m\u2019a donc confi\u00e9 la garde des enfants des autres esclaves. Je dois les tenir occup\u00e9s, les surveiller. Je leur fais balayer la cour de la grande maison et celle de l\u2019usine. Je dois les emp\u00eacher de faire des b\u00eatises. Mais je suis souvent fatigu\u00e9e, j\u2019ai des douleurs. Les enfants sont turbulents. Ils me font tourner en bourrique ces petits chenapans. Ils se cachent, chapardent dans la cuisine et le jardin, emb\u00eatent les animaux. Je me souviens d\u2019une fois ou un enfant avait mang\u00e9 toute la nourriture en cachette. Les enfants sont aga\u00e7ants mais j\u2019aime bien les regarder jouer. Mon plus grand plaisir c\u2019est lorsqu\u2019ils m\u2019entourent et me disent : \u00ab C\u00e9lia raconte nous une histoire \u00bb. L\u00e0, j\u2019oublie pour un instant la plantation, mes regrets, mes r\u00eaves de libert\u00e9<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Marie, la n\u00e9naine par Louane et Tessie 404<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je m\u2019appelle Marie. J\u2019ai trente ans et je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 libre. Depuis que je suis enfant, je suis au service de Madame. Je l\u2019ai suivie quand elle s\u2019est mari\u00e9e. Je suis la n\u00e9naine. Je m\u2019occupe des enfants des ma\u00eetres. Je les lave, les habille, les nourrit, les berce, leur chante des comptines. Maria qui a 4 ans aime les comptines. Paul, son fr\u00e8re, petit bonhomme de 6 ans, aime les histoires de sorciers, de magiciens. Il me fait tourner en bourrique. Il aime ravager, faire des b\u00eatises, jouer \u00e0 cache-cache. Il n\u2019\u00e9coute rien de ce que je lui dis. Il finit toujours par se t\u00e2cher, d\u00e9chirer ses v\u00eatements que je dois repriser. Pour cette raison, je me fais souvent disputer par le ma\u00eetre et la ma\u00eetresse. Je dors sur une paillasse dans la chambre des enfants pour pouvoir \u00eatre disponible. Je me sens triste et fatigu\u00e9e. J\u2019aimerais \u00eatre libre. Mais je suis attach\u00e9e aux enfants. Lorsque Maria a eu une forte fi\u00e8vre, je n\u2019ai pas dormi pendant trois nuits. Et la fois ou Paul est mont\u00e9 sur rocher et qu\u2019il est tomb\u00e9, j\u2019ai cru mourir de peur. Heureusement qu\u2019il n\u2019a eu que des \u00e9gratignures.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul, commandeur par Andy et Warren 404<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je m&rsquo;appelle Paul. J\u2019ai trente ans. Je suis n\u00e9 sur cette terre br\u00fblante, parmi les cannes \u00e0 sucre et les cris des hommes qu\u2019on bat. Ma m\u00e8re \u00e9tait domestique, mon p\u00e8re gardien. Je suis commandeur. Esclave, je dirige les autres esclaves sous la menace du fouet. Le ma\u00eetre me fait confiance. Mais il me contr\u00f4le au moment o\u00f9 je ne m\u2019attends pas. Je risque moi aussi d\u2019\u00eatre puni, de gouter au fouet, si je fais mal mon travail. Le matin : r\u00e9veil \u00e0 l\u2019aube, r\u00e9partition des t\u00e2ches, on se dirige ensuite vers les champs pour couper la canne \u00e0 sucre. Les esclaves travaillent sous la chaleur, dans la poussi\u00e8re. Je les surveille. Ils doivent tenir le rythme. Aujourd\u2019hui un esclave s\u2019est rebell\u00e9. Il a voulu s\u2019\u00e9chapper. Je lui ai couru apr\u00e8s. J\u2019ai pu le rattraper. Il a eu droit au fouet. Il hurlait de douleur. J\u2019\u00e9tais triste. Mais malheureusement, c\u2019est mon r\u00f4le. Apr\u00e8s une courte pause pour manger, d\u2019un claquement de fouet, je remets tout le monde au travail. D\u00e8s mon retour je dois rendre des comptes au ma\u00eetre. Je lui fais part de ce qui s\u2019est pass\u00e9. Selon lui, je fais du bon travail. Je rentre ensuite dans ma case. Je n\u2019arrive pas \u00e0 dormir. Qui suis-je ? Un esclave ? Un traitre aux yeux des autres esclaves qui me d\u00e9testent ? Celui dont le ma\u00eetre se sert pour les terroriser, les punir ?<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00e9l\u00e8ves de 4\u00e8me6 et 4\u00e8me4 ont travaill\u00e9 avec leurs professeurs d\u2019histoire-g\u00e9ographie (Mme Plante et Mme Pitou) sur la traite et l\u2019esclavage. 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