{"id":1697,"date":"2018-01-23T08:53:45","date_gmt":"2018-01-23T07:53:45","guid":{"rendered":"http:\/\/college-hhoarau.ac-reunion.fr\/?page_id=1697"},"modified":"2021-03-30T20:39:58","modified_gmt":"2021-03-30T16:39:58","slug":"les-cahiers-de-hegesippe","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/les-cahiers-de-hegesippe\/","title":{"rendered":"Les cahiers de H\u00e9g\u00e9sippe"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><b><span style=\"font-size: medium\">H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau (1868\/1928), qui fut l\u2019instituteur puis le directeur de l\u2019\u00e9cole des gar\u00e7ons de La Rivi\u00e8re Saint-Louis, a immortalis\u00e9, dans ses cahiers, la vie quotidienne de son \u00e9tablissement. Des cahiers r\u00e9cemment d\u00e9couverts par un enseignant du coll\u00e8ge de La Rivi\u00e8re et conserv\u00e9s religieusement. \u00c0 travers ces pages, on constate qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019utilisation du cr\u00e9ole \u00e0 l\u2019\u00e9cole n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re appr\u00e9ci\u00e9e par le corps enseignant. Lorsque H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau prend la direction de l\u2019\u00e9tablissement scolaire de La Rivi\u00e8re \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, il n\u2019y avait que trois classes. Gr\u00e2ce \u00e0 sa pugnacit\u00e9, l\u2019\u00e9cole deviendra l\u2019une des plus importantes de l\u2019\u00eele. Pour H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau, la principale difficult\u00e9 r\u00e9sidait non seulement dans l\u2019absent\u00e9isme des \u00e9l\u00e8ves et des ma\u00eetres victimes de nombreuses \u00e9pid\u00e9mies, mais aussi dans les \u00e9v\u00e9nements religieux et politiques qui mobilisaient les familles. Extraits de ces pr\u00e9cieux cahiers \u00e9crits \u00e0 la plume..<\/span><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le compte rendu du conseil municipal de Saint-Louis, en date du 21 mars 1928, au cours duquel il a \u00e9t\u00e9 question de la disparition du directeur de l\u2019\u00e9cole des gar\u00e7ons de La Rivi\u00e8re, on peut lire l\u2019intervention du s\u00e9nateur maire L\u00e9onus B\u00e9nard : \u201cEn ce qui concerne H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau, je vous dirai que Saint-Louis perd l\u2019un de ses meilleurs \u00e9ducateurs, le meilleur peut-\u00eatre. H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau dirigea en effet l\u2019\u00e9cole des gar\u00e7ons de La Rivi\u00e8re pendant plus de trente ans, toute sa carri\u00e8re de professeur s\u2019y \u00e9coula. Cette \u00e9cole, il l\u2019avait prise avec trois ma\u00eetres ; avec son grand savoir et l\u2019amour qu\u2019il a con\u00e7u de son r\u00f4le d\u2019\u00e9ducateur de la jeunesse, il en fit une \u00e9cole \u00e0 dix ma\u00eetres. Depuis deux ans, il remplit les fonctions d\u2019inspecteur primaire, un poste o\u00f9 la confiance de ses chefs l\u2019avait appel\u00e9. Le personnel enseignant perd en lui un professeur remarquable, l\u2019\u00e9cole de La Rivi\u00e8re son directeur distingu\u00e9 et la commune l\u2019un de ses enfants qui ont le plus fait pour son prestige.\u201d Une semaine plus tard, c\u2019\u00e9tait au tour du pr\u00e9sident de l\u2019Amicale des instituteurs, Fran\u00e7ois Rivi\u00e8re, de faire l\u2019\u00e9loge du regrett\u00e9 H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau. \u201cIl employa tous ses efforts au d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9cole qu\u2019il dirigea. H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau est un enfant de Saint-Louis. Plusieurs d\u2019entre nous, ainsi que moi, qui l\u2019avons eu comme \u00e9ducateur, lui devons une partie de notre savoir. Professeur \u00e9minent, il fit tout pour \u00e9lever le niveau intellectuel et moral des fils de ses concitoyens. Il dirigea l\u2019\u00e9cole de La Rivi\u00e8re avec un d\u00e9vouement tel, qu\u2019elle est aujourd\u2019hui, \u00e0 juste titre, la deuxi\u00e8me \u00e9cole de l\u2019\u00eele&#8230; La population de Saint-Louis peut s\u2019enorgueillir de l\u2019\u0153uvre d\u2019H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau,\u201d conclut Fran\u00e7ois Rivi\u00e8re qui obtient alors de la municipalit\u00e9 une enveloppe de mille francs pour faire apposer sur l\u2019\u00e9cole des gar\u00e7ons de La Rivi\u00e8re une plaque comm\u00e9morative \u00e0 la m\u00e9moire de l\u2019illustre instituteur.<br \/>\nLorsqu\u2019on parcourt les pages des cahiers d\u2019H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau, on mesure toute sa passion d\u2019enseignant, toute l\u2019\u00e9nergie avec laquelle il a appris \u00e0 lire et \u00e0 \u00e9crire aux enfants de La Rivi\u00e8re Saint-Louis. Ainsi, en page dix de son troisi\u00e8me cahier, le tout jeune inspecteur de l\u2019\u00e9cole primaire \u00e9crit ceci dans sa circulaire num\u00e9ro 2980 adress\u00e9e \u00e0 tous les directeurs d\u2019\u00e9tablissements scolaires : \u201cIl m\u2019a \u00e9t\u00e9 signal\u00e9 que, dans plusieurs \u00e9coles, il arrive aux ma\u00eetres de faire usage du patois cr\u00e9ole en parlant aux enfants, soit en r\u00e9cr\u00e9ation, soit m\u00eame en classe. Je rappelle \u00e0 tous que l\u2019emploi exclusif du fran\u00e7ais est de rigueur dans les \u00e9coles, en toutes circonstances. Les instituteurs savent assez quel tort consid\u00e9rable l\u2019usage du \u201ccr\u00e9ole\u201d cause aux \u00e9l\u00e8ves pour qu\u2019il ne soit pas n\u00e9cessaire d\u2019attirer \u00e0 nouveau leur attention sur ce point. J\u2019ajoute que, m\u00eame en dehors de l\u2019\u00e9cole, les ma\u00eetres et ma\u00eetresses doivent avoir \u00e0 c\u0153ur de donner l\u2019exemple d\u2019un langage correct. Tous y gagneraient, \u00e0 commencer par eux-m\u00eames et leur prestige s\u2019en accro\u00eetrait.\u201d Autant dire qu\u2019H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau \u00e9tait un fervent opposant \u00e0 l\u2019enseignement du cr\u00e9ole \u00e0 l\u2019\u00e9cole, d\u00e9bat qui continue \u00e0 faire rage aujourd\u2019hui.<br \/>\nLes trois cahiers d\u2019H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau, d\u2019une cinquantaine de pages chacun, constituent un v\u00e9ri table tr\u00e9sor. Ils sont bien s\u00fbr la m\u00e9moire de La Rivi\u00e8re, mais ils repr\u00e9sentent aussi un authentique t\u00e9moignage du monde de l\u2019\u00e9ducation en cette fin de XIXe si\u00e8cle r\u00e9unionnais. Chaque rentr\u00e9e scolaire y est r\u00e9pertori\u00e9e, le nombre d\u2019enseignants &#8211; \u00e0 l\u2019\u00e9poque, ils n\u2019\u00e9taient que trois -, le nombre d\u2019\u00e9l\u00e8ves, les notes adress\u00e9es \u00e0 l\u2019inspecteur primaire de Saint-Louis&#8230;<br \/>\nCes cahiers font \u00e9galement \u00e9tat des maladies qui, r\u00e9guli\u00e8rement, faisaient des ravages au sein de la population. Ainsi, \u00e0 la page dix-sept du cahier 1, au chapitre \u201cAnn\u00e9e scolaire 1896-1897\u201d, le directeur de l\u2019\u00e9cole s\u2019inqui\u00e8te de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de rougeole qui s\u00e9vit \u00e0 La Rivi\u00e8re Saint-Louis. \u201cLe 26 octobre 1896 : un des \u00e9l\u00e8ves nouvellement entr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole (Payet L\u00e9opold), meurt de la Rougeole. L\u2019\u00e9cole assistera demain \u00e0 son enterrement. La rougeole s\u00e9vit depuis une quinzaine de jours \u00e0 La Rivi\u00e8re ; la plus grande partie des \u00e9l\u00e8ves des petites classes en est atteinte\u201d. Plus loin, on peut lire la r\u00e9ponse d\u2019H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau \u00e0 l\u2019inspecteur primaire qui exige qu\u2019on br\u00fble tout dans l\u2019\u00e9cole afin d\u2019\u00e9radiquer la maladie. \u201cLe 7 novembre 1896, le directeur re\u00e7oit une lettre du chef du service l\u2019invitant \u00e0 prendre les mesures suivantes, en vue de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie r\u00e9gnante de rougeole : 1\/ \u00c9viction des enfants malades (dur\u00e9e 16 \u00e0 20 jours) ; 2\/ Destruction de leurs livres et cahiers ; 3\/ Licenciement des \u00e9l\u00e8ves au-dessous de 6 ans. Le directeur (ndlr : H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau), dans une r\u00e9ponse dat\u00e9e du m\u00eame jour, adress\u00e9e \u00e0 monsieur l\u2019inspecteur primaire, signale l\u2019inutilit\u00e9 et les inconv\u00e9nients de la destruction des livres et cahiers et attend de nouvelles instructions.\u201d<br \/>\nPendant ce temps, la rougeole continue de s\u2019\u00e9tendre dans les villes et les villages de l\u2019\u00eele, notamment dans le quartier de La Rivi\u00e8re o\u00f9, selon les archives communales, l\u2019\u00e9pid\u00e9mie aurait caus\u00e9 la mort de plusieurs centaines d\u2019enfants. Le 20 d\u00e9cembre de la m\u00eame ann\u00e9e, le directeur de l\u2019\u00e9cole \u00e9crit : \u201cLa rougeole s\u00e9vit toujours. Les petites classes sont d\u00e9peupl\u00e9es\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #6666ff\"><b>La guerre des \u00e9coles publiques et priv\u00e9es<\/b><\/span><br \/>\nQuelques mois plus tard, c\u2019est une autre maladie qui fait son apparition, l\u2019influenza, une sorte de grippe qui avait vu le jour en 1782 en Italie. L\u2019influenza a sans doute d\u00e9barqu\u00e9 \u00e0 la R\u00e9union sur l\u2019un des navires ayant mouill\u00e9 dans le port de Saint-Denis ou de la Pointe-des-Galets. Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1897, l\u2019\u00e9pid\u00e9mie s\u2019amplifie avec la saison des pluies. Le 19 avril, c\u2019est le jour de la rentr\u00e9e : \u201cPluies fr\u00e9quentes. Beaucoup d\u2019absences. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, le directeur renvoie chez eux les deux derniers enfants mouill\u00e9s jusqu\u2019aux os\u201d, indique H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau dans son cahier d\u2019\u00e9cole.<br \/>\nMais les maladies et les conditions climatiques n\u2019\u00e9taient pas les seules difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par le directeur de l\u2019\u00e9cole des gar\u00e7ons de La Rivi\u00e8re. Il y avait aussi les cours de cat\u00e9chisme et les campagnes \u00e9lectorales qui occasionnaient souvent &#8211; \u201ctrop souvent\u201d &#8211; des absences r\u00e9p\u00e9t\u00e9es des enfants. Ainsi, en avril 1895, H\u00e9g\u00e9sippe \u00e9crit, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 : \u201cLa rentr\u00e9e s\u2019est faite hier, mais la pr\u00e9paration \u00e0 l\u2019examen de la premi\u00e8re communion retient, en cette fin de mois, beaucoup d\u2019\u00e9l\u00e8ves chez eux&#8230; Les classes sont presque d\u00e9sertes. \u00c0 ce qu\u2019il para\u00eet, beaucoup d\u2019enfants suivent leurs parents aux manifestations \u00e9lectorales&#8230; Pourtant j\u2019ai fait clairement afficher la circulaire du 19 mars relative \u00e0 la neutralit\u00e9 \u00e0 observer pendant la p\u00e9riode \u00e9lectorale&#8230; Les 23, 24, 25, retraite des enfants \u00e0 la cure pour la pr\u00e9paration de la premi\u00e8re communion pr\u00e9vue le 26 mai. Les exercices \u00e0 l\u2019\u00e9glise pour cette f\u00eate ont beaucoup augment\u00e9 le nombre des absences au cours du mois de mai\u201d. H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau, avec humour, commente deux lignes plus loin : \u201cLouange ! Nous sommes au bout du tunnel avec le lundi de la Pentec\u00f4te le 30 mai\u201d.<br \/>\nC\u2019est au cours de cette ann\u00e9e 1898 qu\u2019H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau fut l\u2019objet d\u2019une mutation, r\u00e9sultant d\u2019une sanction de la part de sa hi\u00e9rarchie&#8230; pour d\u00e9sob\u00e9issance. En effet, l\u2019inspecteur primaire n\u2019avait pas appr\u00e9ci\u00e9 que le directeur de l\u2019\u00e9cole de La Rivi\u00e8re ait autoris\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e8ve Lucien Ady \u00e0 fr\u00e9quenter l\u2019\u00e9tablissement, alors qu\u2019une note lui avait \u00e9t\u00e9 adress\u00e9e, stipulant que cet \u00e9l\u00e8ve de 14 ans \u00e9tait interdit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Le 17 mars 1897, H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau est donc convoqu\u00e9 \u00e0 Saint-Denis pour s\u2019expliquer devant le comit\u00e9 central, qui s\u2019apparente \u00e0 un conseil de discipline pour enseignants. Deux mois plus tard, notre directeur est mut\u00e9 en qualit\u00e9 d\u2019instituteur \u00e0 l\u2019autre bout de l\u2019\u00eele, dans le cirque de Salazie. Sanction qui prendra effet au mois de novembre, le temps sans doute pour H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau de prendre ses dispositions familiales afin de rejoindre son nouveau poste \u00e0 Salazie. \u201c2 d\u00e9cembre 1898 &#8211; Monsieur Ludovic ma\u00eetre instituteur public au Port nomm\u00e9 directeur de l\u2019\u00e9cole de La Rivi\u00e8re. Monsieur Louis en remplacement de monsieur H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau par arr\u00eat\u00e9 du gouverneur en date du 26 novembre 1898, prend son poste\u201d, note \u00e0 la plume H\u00e9g\u00e9sippe, avant de quitter son minuscule bureau en bois. Il remettra \u00e0 son successeur le cahier en cours afin que celui-ci continue de le tenir \u00e0 jour. Ce qui explique le changement soudain d\u2019\u00e9criture dans le cahier num\u00e9ro deux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #6666ff\"><b>\u201cIl va en finir avec cette bande de ma\u00eetres<\/b><\/span>\u201d<br \/>\nEn octobre 1899, H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau retrouve avec le sourire son \u00e9cole de La Rivi\u00e8re. \u201c30 janvier 1900 &#8211; Rentr\u00e9e des classes &#8211; Mauvaise rentr\u00e9e, beaucoup d\u2019absences par suite des pluies continuelles\u201d, \u00e9crit le directeur qui commence tr\u00e8s mal la nouvelle ann\u00e9e. \u201c6 et 7 F\u00e9vrier &#8211; Monsieur Lenormand, malade, ne peut faire la classe. Il en avise le directeur mardi matin qui, imm\u00e9diatement, informe elle, l\u2019inspecteur primaire de cette absence. Vendredi 16 f\u00e9vrier &#8211; Un bruit absurde, r\u00e9pandu on ne sait comment, s\u00e8me une v\u00e9ritable panique parmi les parents des \u00e9l\u00e8ves. Ils croient que des m\u00e9decins venus de Saint-Denis inoculeront le s\u00e9rum anti-pesteux aux \u00e9l\u00e8ves des \u00e9coles publiques. Pourquoi les \u00e9coles publiques ? Plus de la moiti\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves manque le matin, le soir, il y a absence de pr\u00e8s des deux tiers des effectifs. Le directeur en avise \u00e0 9 h 30 monsieur le chef de service. Plusieurs p\u00e8res et m\u00e8res de famille viennent r\u00e9clamer leurs enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Le directeur r\u00e9ussit \u00e0 les convaincre de l\u2019absurdit\u00e9 du bruit r\u00e9pandu, et ils laissent leurs enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole&#8230;\u201d Il faut dire qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, de telles pratiques \u00e9taient fr\u00e9quentes, qui avaient pour but de dissuader certains parents d\u2019inscrire leurs enfants dans les \u00e9coles priv\u00e9es.<br \/>\nAu mois de mars de la m\u00eame ann\u00e9e, \u201cle directeur (H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau) a refus\u00e9 depuis la rentr\u00e9e plusieurs \u00e9l\u00e8ves que les parents lui pr\u00e9sentent comme ayant 5 ans et qui portent en effet cet \u00e2ge, mais auxquels le maire refuse des bulletins de naissance sous pr\u00e9texte qu\u2019il faut avoir 6 ans pour avoir droit de fr\u00e9quenter l\u2019\u00e9cole\u201d. C\u2019est ainsi qu\u2019au fil des pages des cahiers d\u2019H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau, renaissent la vie quotidienne de l\u2019\u00e9cole mais aussi l\u2019adversit\u00e9 qu\u2019ont d\u00fb affronter les habitants de Saint-Louis. Exemple : l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de grippe espagnole en 1918. \u201cD\u00e8s le 7 f\u00e9vrier 1918, les effets de la grippe commencent \u00e0 se faire sentir ; beaucoup d\u2019absences. Le 12 f\u00e9vrier, l\u2019effectif est r\u00e9duit \u00e0 un tiers. Le directeur t\u00e9l\u00e9graphie \u00e0 monsieur le chef de service pour l\u2019en informer et lui dit qu\u2019\u00e0 tout moment, il doit renvoyer des \u00e9l\u00e8ves malades ayant d\u00e9j\u00e0 contamin\u00e9 les autres. Il lui est r\u00e9pondu de tenir avec les \u00e9l\u00e8ves et les ma\u00eetres restants\u201d, peut-on lire dans le cahier num\u00e9ro trois. H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau n\u2019est pas \u00e9pargn\u00e9 par l\u2019\u00e9pid\u00e9mie. \u201cLe 14, le directeur, malade, confie \u00e0 monsieur Patou la direction qui bient\u00f4t passe de main en main. Le 16 au matin, le dernier ma\u00eetre valide (T\u00e9cher Alibert), malade \u00e0 son tour, ferme l\u2019\u00e9cole. Beaucoup d\u2019entre eux n\u2019ont pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 la grippe&#8230;\u201d Finalement, le passage d\u2019un cyclone, en mars de la m\u00eame ann\u00e9e, emportera avec lui l\u2019\u00e9pid\u00e9mie mortelle. H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau ainsi qu\u2019un seul enseignant, M. Lenormand, s\u2019en sortiront indemnes apr\u00e8s une courte convalescence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #6666ff\"><b>\u201cViens \u00e0 vous, mi casse vot\u2019gueule\u201d<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La vie scolaire reprend tr\u00e8s vite ses droits, m\u00eame si les absences des instituteurs se multiplient en ces ann\u00e9es d\u2019apr\u00e8s-guerre (1914 -1918). Dans les cahiers, on peut \u00e9galement d\u00e9couvrir les comptes rendus des d\u00e9lib\u00e9rations du conseil des ma\u00eetres, ou plus commun\u00e9ment appel\u00e9 conseil disciplinaire. Tel celui du 18 juin 1919 :\u201cLe conseil des ma\u00eetres r\u00e9uni ce jour \u00e0 14 h 45 sur la demande de M. Hoarau Roland, instituteur suppl\u00e9ant, prononce l\u2019exclusion de l\u2019\u00e9l\u00e8ve G\u00e9rard Alphonsine pour trois jours et \u00e9met le v\u0153u que le chef de service de l\u2019inspection primaire veuille bien infliger une peine plus s\u00e9v\u00e8re \u00e0 cet \u00e9l\u00e8ve du cours \u00e9l\u00e9mentaire 1\u00e8re ann\u00e9e qui, \u00e2g\u00e9 de 11 ans, a \u00e9t\u00e9 surpris par M. Hoarau Roland \u00e0 lancer des pierres sur ses camarades. Puni par M. Hoarau, Alphonsine a refus\u00e9 d\u2019ob\u00e9ir et a prof\u00e9r\u00e9 des menaces en disant qu\u2019\u201cil va finir avec cette bande de ma\u00eetres.\u201d Quelques jours plus tard, le chef de service prolongea la peine d\u2019exclusion de cinq jours. M\u00eame punition pour deux autres \u00e9l\u00e8ves du cours \u00e9l\u00e9mentaire, Raymond Caro et Boilly Clodomir, tous deux \u00e2g\u00e9s de 17 ans, surpris par l\u2019instituteur Raymond Hoarau en train de fumer en cachette au fond de la cour de l\u2019\u00e9cole. Mais il semblerait que, parfois, les ma\u00eetres avaient affaire \u00e0 des \u00e9l\u00e8ves quelque peu violents. Ainsi, le 2 mai 1919, alors qu\u2019il quittait la cour de l\u2019\u00e9cole, Sylvio Payet, instituteur \u00e0 l\u2019\u00e9cole d\u2019H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau, se faisait assommer par des \u00e9nergum\u00e8nes, dont un certain S\u00e9l\u00e9za Vaulbert qui fut ensuite condamn\u00e9 par le tribunal correctionnel de Saint-Pierre \u00e0 quatre mois de prison ferme et \u00e0 un franc de dommages et int\u00e9r\u00eats.<br \/>\nLors du conseil des ma\u00eetres du 30 avril 1920, on avait \u00e0 examin\u00e9 le cas de Reboul Amable, lui aussi \u00e2g\u00e9 de dix-sept ans, sur la demande de Paul Fontaine, surveillant de semaine et sur celle du directeur int\u00e9rimaire, Payet Sylvio. \u201cMonsieur Fontaine expose qu\u2019ayant surpris Reboul frappant un \u00e9l\u00e8ve plus faible au d\u00e9but de la r\u00e9cr\u00e9ation, il voulut le punir en le privant du reste de la r\u00e9cr\u00e9ation, c\u2019est-\u00e0-dire en l\u2019envoyant au piquet. Reboul refuse d\u2019ob\u00e9ir et dit qu\u2019il continuerait \u00e0 jouer. Monsieur Fontaine demande au conseil de prendre une sanction contre l\u2019\u00e9l\u00e8ve Reboul pour refus d\u2019ob\u00e9issance. Monsieur le directeur expose alors qu\u2019inform\u00e9 des faits par monsieur Fontaine, il s\u2019est dirig\u00e9 vers l\u2019\u00e9l\u00e8ve Reboul qui, le voyant venir, se saisit de deux galets, prit une attitude mena\u00e7ante et dit : \u201cViens \u00e0 vous, mi casse vot\u2019gueule\u201d. Monsieur le directeur demande au conseil de prendre une sanction contre l\u2019\u00e9l\u00e8ve Reboul pour ses menaces.\u201d Ce dernier fut exclu de l\u2019\u00e9tablissement pendant cinq jours, mais il ne revint jamais \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #6666ff\"><b>Tiraill\u00e9 entre f\u00eates religieuses et \u00e9v\u00e9nements politiques<\/b><\/span><br \/>\nG\u00e9rer les absences r\u00e9p\u00e9t\u00e9es des \u00e9l\u00e8ves et parfois des enseignants \u00e9tait certes le quotidien d\u2019H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau, mais certains \u00e9v\u00e9nements politiques de l\u2019ancienne colonie venaient souvent augmenter les difficult\u00e9s du directeur d\u2019\u00e9cole. \u00c0 chaque remise de m\u00e9dailles, la visite du d\u00e9put\u00e9 ou du maire \u00e0 La Rivi\u00e8re, ou encore le d\u00e9part du gouverneur pour la m\u00e9tropole \u00e9taient autant de pr\u00e9textes pour donner une journ\u00e9e de cong\u00e9 aux enseignants et aux \u00e9l\u00e8ves. Ainsi, le 24 f\u00e9vrier 1900, H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau \u00e9crit : \u201cLe directeur re\u00e7oit communication d\u2019une lettre adress\u00e9e par le chef du service au maire de Saint-Louis, dans laquelle il informe qu\u2019il donne une journ\u00e9e de cong\u00e9 (lundi 26) aux \u00e9coles primaires, \u00e0 l\u2019occasion de la nomination de M. Bossard au grade de chevalier de la L\u00e9gion d\u2019honneur ; ce cong\u00e9 s\u2019ajoutera \u00e0 celui du mardi gras. Mercredi 28 &#8211; Mercredi des Cendres. Tr\u00e8s peu d\u2019\u00e9l\u00e8ves \u00e0 l\u2019\u00e9cole le soir. Le matin, comme \u00e0 l\u2019ordinaire, ils ne sont pas venus \u00e0 l\u2019\u00e9cole pour recevoir les Cendres\u201d. Et lorsque ce n\u2019est pas le cur\u00e9, c\u2019est au tour du maire ! Le 11 juillet 1901, H\u00e9g\u00e9sippe \u00e9crit dans son cahier : \u201cCong\u00e9 donn\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de la nomination de M. le maire. Celui-ci s\u2019est assur\u00e9 du consentement du service&#8230;\u201d<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><strong>Article du Journal de L&rsquo;Ile de La R\u00e9union du 13 octobre 2003<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/cahier1-hegesippe\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-3663\" src=\"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarauwp-content\/uploads\/sites\/157\/2021\/03\/Cahier-1-page-0.jpg\" alt=\"\" width=\"373\" height=\"463\" srcset=\"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-content\/uploads\/sites\/157\/2021\/03\/Cahier-1-page-0.jpg 1074w, https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-content\/uploads\/sites\/157\/2021\/03\/Cahier-1-page-0-242x300.jpg 242w, https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-content\/uploads\/sites\/157\/2021\/03\/Cahier-1-page-0-826x1024.jpg 826w, https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-content\/uploads\/sites\/157\/2021\/03\/Cahier-1-page-0-768x952.jpg 768w, https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-content\/uploads\/sites\/157\/2021\/03\/Cahier-1-page-0-121x150.jpg 121w\" sizes=\"auto, (max-width: 373px) 100vw, 373px\" \/><\/a><br \/>\n<a href=\"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/cahier1-hegesippe\/\">Consulter le cahier 1<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/cahier2-hegesippe\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-3777\" src=\"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarauwp-content\/uploads\/sites\/157\/2021\/03\/Cahier-2-page-00.jpg\" alt=\"\" width=\"366\" height=\"478\" srcset=\"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-content\/uploads\/sites\/157\/2021\/03\/Cahier-2-page-00.jpg 1014w, https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-content\/uploads\/sites\/157\/2021\/03\/Cahier-2-page-00-229x300.jpg 229w, https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-content\/uploads\/sites\/157\/2021\/03\/Cahier-2-page-00-783x1024.jpg 783w, https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-content\/uploads\/sites\/157\/2021\/03\/Cahier-2-page-00-768x1004.jpg 768w, https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-content\/uploads\/sites\/157\/2021\/03\/Cahier-2-page-00-115x150.jpg 115w\" sizes=\"auto, (max-width: 366px) 100vw, 366px\" \/><\/a><br \/>\n<a href=\"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/cahier2-hegesippe\/\"><span style=\"font-family: georgia, palatino, serif\">Consulter le cahier 2<\/span><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/cahier3-hegesippe\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-4017\" src=\"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarauwp-content\/uploads\/sites\/157\/2021\/03\/Cahier-3-page-00.jpg\" alt=\"\" width=\"363\" height=\"446\" srcset=\"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-content\/uploads\/sites\/157\/2021\/03\/Cahier-3-page-00.jpg 1018w, https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-content\/uploads\/sites\/157\/2021\/03\/Cahier-3-page-00-244x300.jpg 244w, https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-content\/uploads\/sites\/157\/2021\/03\/Cahier-3-page-00-833x1024.jpg 833w, https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-content\/uploads\/sites\/157\/2021\/03\/Cahier-3-page-00-768x945.jpg 768w, https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-content\/uploads\/sites\/157\/2021\/03\/Cahier-3-page-00-122x150.jpg 122w\" sizes=\"auto, (max-width: 363px) 100vw, 363px\" \/><\/a><br \/>\n<a href=\"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/cahier3-hegesippe\/\"><span style=\"font-family: georgia, palatino, serif\">Consulter le cahier 3<\/span><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on the_content --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on the_content -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>H\u00e9g\u00e9sippe Hoarau (1868\/1928), qui fut l\u2019instituteur puis le directeur de l\u2019\u00e9cole des gar\u00e7ons de La Rivi\u00e8re Saint-Louis, a immortalis\u00e9, dans ses cahiers, la vie quotidienne de son \u00e9tablissement. Des cahiers r\u00e9cemment d\u00e9couverts par un enseignant du coll\u00e8ge de La Rivi\u00e8re et conserv\u00e9s religieusement. \u00c0 travers ces pages, on constate qu\u2019\u00e0\u2026<!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on get_the_excerpt --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on get_the_excerpt --><\/p>\n<p class=\"continue-reading-button\"> <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/les-cahiers-de-hegesippe\/\">Lire plus<i class=\"crycon-right-dir\"><\/i><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":17426,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-1697","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1697","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-json\/wp\/v2\/users\/17426"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1697"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1697\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4061,"href":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1697\/revisions\/4061"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-hegesippe-hoarau\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1697"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}