« Job shadowing » en Finlande

Une semaine dans un établissement à Helsinki

Après de nombreuses heures passées avec le tout récent comité de pilotage ERASMUS du collège, à réfléchir, à rédiger des projets d’échanges internationaux et à compléter les dossiers, notre projet de visite d’observation d’un établissement en Finlande s’est concrétisé par un voyage d’une semaine, du 2 au 6 mars 2026, au sein d’un établissement finlandais.

Me Won Fah Hin, (professeur de mathématiques), Me Galmar (professeur d’anglais) et moi-même, Me Cazaux ( professeur documentaliste) nous sommes chaudement équipées pour affronter l’écart de températures entre notre île tropicale et cette destination blanche et vivifiante afin de pouvoir observer de nouvelles pratiques pédagogiques et croiser nos regards sur les postures enseignantes réputées pour être très centrées sur le bien être de l’élève.

Laajasalon peruskoulu est une école primaire et secondaire finlandaise située dans le quartier de Laajasalo, une banlieue d’Helsinki comptant 22 400 habitants. Elle accueille, en 2026, 1020 élèves âgés de 7 à 16 ans, répartis des classes 1 à 9. L’établissement se compose de deux bâtiments, l’un pour le primaire et l’autre pour le secondaire, séparés par un espace commun qui fait office de cour et de jardin au printemps et en été.

Les programmes scolaires de l’établissement sont fixés par la ville d’Helsinki, sur la base de critères nationaux combinés à des priorités locales ; en Finlande, on parle d’ailleurs de recommandations au niveau national plutôt que d’injonctions. Ce fonctionnement très décentralisé caractérise l’ensemble du système scolaire finlandais : les six provinces du pays disposent chacune d’un département de l’Éducation et de la Culture, mais ce sont surtout les communes qui exercent la compétence éducative, dans le cadre fixé au niveau national. Chaque municipalité a l’obligation d’organiser l’enseignement fondamental, mais reste libre d’en définir les modalités ; chaque école, de son côté, peut choisir son matériel pédagogique ou la répartition des matières dans le cadre défini par la loi. Les établissements jouissent ainsi d’une grande autonomie.

Laajasalo Comprehensive School est une école innovante, qui allie autonomie, bilinguisme et spécialisations artistiques et sportives. Elle propose un enseignement complet en finnois de la classe 1 (7 ans) à la classe 9 (16 ans), avec un volume horaire hebdomadaire progressif : 19 heures par semaine pour les classes 1 et 2, 23 heures pour les classes 3 et 4, 24 heures pour les classes 5 et 6, puis 30 heures pour les classes 7, 8 et 9.

L’école est reconnue pour ses programmes bilingues finnois-anglais, ainsi que pour ses filières à orientation musicale et sportive, qui incluent notamment des classes spécialisées en sport avec plusieurs heures de pratique par semaine. Elle dispose pour cela d’infrastructures variées : salles de sport, terrains de football synthétiques, espaces extérieurs dédiés aux activités physiques et s’investit également dans des projets culturels et artistiques, à travers des ateliers de musique et de danse.

Sur le plan linguistique, l’anglais et le suédois y sont obligatoires dès la première année ; les élèves peuvent ensuite choisir des langues optionnelles, le français, l’espagnol et l’allemand à partir de la troisième année ( équivalent au ce2 ), puis le russe à partir de la huitième année (équivalent à la 4ème). Depuis l’année scolaire 2025-2026, l’école propose un enseignement bilingue pour l’ensemble des niveaux, de la première à la neuvième année.

Un fonctionnement aux différences sensibles mais réelles

Nous avons été accueillies en salle des profs par Elina, professeur de français, souriante et dynamique (c’est elle qui sera notre tutrice durant toute la semaine). La salle des profs est un lieu très convivial où se trouve tout ce qu’il faut pour se sentir « comme à la maison » ! Il y a un espace avec des canapés, des fauteuils confortables et des tables basses pour se pauser et un espace de travail avec du matériel scolaire à disposition. De la vaisselle, un lave vaisselle, du café, du thé,et plusieurs fours sont également à disposition. Une organisation à tour de rôle des taches ménagères est affichée; l’organisation collective semble aller de soi. Nous avons été très agréablement surprises de voir que tous les jours des enseignants amènent de quoi grignoter ( salé ou sucré) ; ceci est mis sur les petites tables prés des canapés et c’est en libre service !

Le rythme a été très intense puisque nous avons fait de l’observation du lundi au vendredi de 8h 30 à 15h30 ( observation de cours et d’une réunion d’équipe de l’établissement en salle des profs).

Les enseignants en Finlande ont des missions plus larges qu’en France ; les établissements n’ayant ni vie scolaire ni assistants d’éducation, ils assurent6 heures de surveillance au sein de l’établissement , sans compter le suivi des élèves de la classe dont ils sont professeur principal. Certains d’entre eux travaillent aussi en soutien à l’équipe de direction et ont donc des missions spécifiques comme par exemple l’orientation ou le suivi pédagogique de sections.

Les matières enseignées sont sensiblement identiques à celles enseignées en France ; on a pu cependant en découvrir deux que nous n’avons pas  dans notre système.

La première c’est celle des sciences domestiques, matière à part entière qui a pour objectif d’enseigner à chaque adolescent finlandais des connaissances élémentaires en matière de cuisine, de lavage, de nettoyage, de santé, de nutrition, d’hygiène, de droits des consommateurs, d’économie et de développement durable.

Ensuite, le cours d’éducation à la santé constitue, elle aussi, une matière à part entière. Dès les premières années, les élèves apprennent à évaluer les informations et à sélectionner des sources d’information sûres. Plus tard, ils apprennent à apprécier les informations à l’aune de plusieurs critères. Les dernières années, l’enseignement porte aussi sur la fiabilité des informations et sur les différences entre les sources scientifiques et « grand public ». Les compétences en matière de santé, ainsi que les savoir-faire numériques et la maîtrise des médias, sont enseignés de façon transversale, en lien avec toutes les disciplines scolaires.

Une expérience qui invite à repenser nos évidences

En Finlande, tolérance et patience guident la relation entre enseignants et élèves.

En Finlande, la relation entre enseignants et élèves repose avant tout sur la tolérance et la patience. Les enseignants finlandais font preuve d’une grande capacité à accueillir chaque élève avec bienveillance, et cette posture est admirable. Même lorsqu’un élève se montre réfractaire au travail ou refuse de respecter les règles de classe, le professeur reste calme : il propose, il incite au travail, mais n’oblige ni ne force jamais. Il adopte davantage une posture d’accompagnant que d’autorité, ce qui favorise un climat de confiance où l’élève se sent respecté et écouté.

Responsabilisation de l’élève pour plus d’autonomie

Dès 12-13 ans, au niveau 7 (l’équivalent de la classe de 5ᵉ en France), les élèves finlandais sont responsabilisés, le cadre devenant nettement moins strict qu’en primaire. Cette posture des professeurs favorise l’autonomisation des élèves, qui sont laissés face à leurs propres responsabilités, tant dans leur comportement en classe que dans leur travail. Ils organisent eux-mêmes leur activité, choisissent ce qui leur semble important d’écrire ou d’écouter, sans jamais susciter de réaction agacée de la part de l’enseignant. Nous avons par exemple observé que les professeurs ne semblaient poser aucune exigence quant à la tenue du cahier : l’élève en gère lui-même le contenu, et certains ne le sortent même pas. Le collège offre ainsi une grande liberté à l’élève, que ce soit dans son attitude en classe — il peut changer de place en plein cours, ou sortir un miroir pour se remaquiller — ou dans l’accès au téléphone portable. Celui-ci était autorisé en classe jusqu’à la rentrée 2025 dans l’établissement visité ; depuis, son usage y est restreint à un cadre strictement pédagogique, mais il reste largement l’attraction préférée des élèves pendant les temps de pause.

Dès les niveaux 8 et 9 (4ᵉ et 3ᵉ), les élèves choisissent des options en fonction de leur projet post-collège. Les lycées finlandais imposant des moyennes minimales à l’entrée, certains élèves adoptent alors une stratégie ciblée, s’investissant dans les matières utiles à leur orientation et en délaissant d’autres. Nous avons ainsi assisté à des cours de français où un élève pourtant brillant avait réduit ses efforts après avoir compris que cette matière n’était pas requise pour le lycée qu’il visait. Il en résulte une ambiance de classe très variable selon les matières et les niveaux : une classe de niveau 7 est souvent bien plus bruyante qu’une classe de niveau 9, où les résultats scolaires pèsent directement sur les vœux d’orientation. Le travail des élèves en classe est de fait très hétérogène, chacun avançant à son rythme selon ses capacités ou sa motivation, sans que cela ne provoque jamais d’éclats émotionnels ni de sanctions.

Une pédagogie inclusive et une grande tolérance des élèves entre eux

La pédagogie finlandaise se distingue également par son caractère inclusif et par la grande tolérance que les élèves manifestent entre eux. Les élèves atteints de troubles tels que l’hyperactivité ou l’autisme sont intégrés en classe ordinaire, et leurs comportements, parfois bruyants ou décalés, sont acceptés par leurs pairs sans conflit. Une certaine agitation peut avoir lieu en début de cours, mais les élèves restent tolérants les uns envers les autres malgré des comportements parfois inappropriés. Nous avons ainsi été témoins d’une scène où un élève soulevait la table de son voisin en riant, menaçant celui-ci avec les pieds de la table à quelques centimètres de son visage, sans que ce dernier ne réagisse. Un tel incident aurait pu dégénérer si l’élève s’était senti agressé ; ce jour-là, la table a simplement été reposée et la séance n’a pas été davantage perturbée.

Finlande vs France : similitudes et différences

Cette expérience de « job shadowing » invite également à comparer les systèmes finlandais et français, qui présentent à la fois des similitudes et des différences marquées.

Une séance de cours dure en Finlande 45 minutes, contre 55 minutes en général en France : la séance y est donc plus dynamique, l’enseignant se concentrant sur une seule notion, et l’usage de quiz en fin de cours via le téléphone est très apprécié des élèves.

Un cours de mathématiques observé suivait un déroulé classique — correction d’exercices, activité, puis bilan —, proche de ce que l’on peut voir en France. L’investissement des élèves y était très hétérogène, l’enseignant gardant une posture en retrait, aidant ceux qui en faisaient la demande sans imposer le travail aux autres ; aucune exigence rédactionnelle particulière sur la démarche n’était perceptible, et les élèves écrivaient globalement peu.

Le suivi parental s’appuie en Finlande sur un logiciel nommé Wilma, équivalent du Pronote français, mais perçu différemment : là où Pronote reste souvent vu comme un outil de suivi administratif, Wilma incarne davantage une logique de partenariat, reflet de la culture éducative nordique. Le suivi de chaque élève y est en outre très individualisé : le professeur principal dispose d’une vision d’ensemble sur chaque élève et propose régulièrement un bilan personnel pour faire le point sur ses résultats et l’accompagner dans son orientation. Les élèves en difficulté bénéficient d’une aide pendant les heures de cours elles-mêmes, et non après, que ce soit en classe avec un enseignant spécialisé ou dans une salle dédiée. Les classes sont par ailleurs peu chargées, avec en moyenne 18 élèves, ce qui facilite les travaux de groupe, la disponibilité du professeur et un climat plus calme.

Pas d’évaluation notée pendant les six premières années alors qu’en France l’évaluation notée commence beaucoup plus tôt. Les élèves finlandais ne reçoivent aucune note chiffrée avant l’âge de 13 ans environ. Seules des évaluations formatives et diagnostiques sont utilisées.

Les enseignants finlandais rencontrés apprécient à l’inverse certains aspects du système français, notamment ses règles imposant le silence et une atmosphère calme, propice au travail et à la concentration — un cadre plus strict, mais qui se fait selon eux au détriment de l’autonomisation de l’élève.

Sur le plan de l’orientation post-collège, les chiffres diffèrent sensiblement entre les deux pays : en Finlande, 55 % des élèves s’orientent vers le lycée général ou technologique et 37 % vers la filière professionnelle, contre respectivement 64 % et 28 % en France. La gratuité y est par ailleurs totale jusqu’au collège : cantine, matériel et transport sont pris en charge, un cahier est fourni à l’élève qui n’en a pas, et les calculatrices sont prêtées à chaque séance si nécessaire.

Les deux systèmes partagent malgré tout des objectifs communs : l’égalité des chances, la gratuité de l’éducation, la formation continue des enseignants et l’importance accordée aux compétences transversales comme l’esprit critique et la créativité. La Finlande met cependant davantage l’accent sur l’autonomie des établissements, la confiance accordée à l’élève et un rythme scolaire allégé, avec moins d’heures de cours et des pauses fréquentes ; les évaluations y sont formatives et non classantes. La France, à l’inverse, conserve un système plus centralisé, avec des programmes nationaux stricts, des notes dès le primaire et un volume horaire plus élevé. La Finlande privilégie enfin l’apprentissage par la pratique et par le jeu, en particulier chez les plus jeunes, quand la France reste marquée par une approche plus académique et théorique dès les premières années — sans oublier que le métier d’enseignant, avec un master obligatoire en Finlande, y bénéficie d’un statut social nettement plus valorisé.