{"id":1279,"date":"2019-11-14T17:49:46","date_gmt":"2019-11-14T13:49:46","guid":{"rendered":"http:\/\/college-terrain-fleury.ac-reunion.fr\/?p=1279"},"modified":"2019-11-15T06:12:21","modified_gmt":"2019-11-15T02:12:21","slug":"nouvelles-bilingues-gagnante-en-4eme-agate","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-terrain-fleury\/nouvelles-bilingues-gagnante-en-4eme-agate\/","title":{"rendered":"Nouvelle bilingue gagnante en 4\u00e8me Agate: Hymne \u00e0 la Rouille"},"content":{"rendered":"\n<p>La nuit est une grande source d\u2019inspiration. Combien de po\u00e8tes ou \u00e9crivains ont \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9 par le chant d\u2019un hibou, ou les reflets du clair de lune sur un lac ? Beaucoup, en tout cas. <\/p>\n\n\n\n<p>Oui, la nuit est une belle chose, myst\u00e9rieuse et insaisissable,\nqui nous calme et nous r\u00e9conforte, nous \u00e9merveille par sa gr\u00e2ce et sa majest\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Du moins, tel est l\u2019avis du po\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la vraie nuit, la dure, la sombre, est loin d\u2019\u00eatre aussi\nmerveilleuse. Celle o\u00f9 le simple hululement d\u2019une chouette, le moindre\ncraquement de branche, le plus infime bruissement de feuille nous glacent le\nsang.<\/p>\n\n\n\n<p>Celle o\u00f9 des nuages charg\u00e9s d\u2019eau cachent la lune, et\nl\u2019envellope dans un manteau de brume et de pluie.<\/p>\n\n\n\n<p>Celle o\u00f9 la faible lumi\u00e8re des \u00e9toiles, loin de nous\nr\u00e9confort\u00e9e, nous fais confondre l\u2019ombre imposante des arbres avec la\nsilhouette d\u2019une b\u00eate sauvage rodant en silence.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est cela, une v\u00e9ritable nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est dans une de ces v\u00e9ritables nuits qu\u2019avan\u00e7ait une petite\nforme ch\u00e9tive. Un po\u00e8te ou \u00e9crivain aurait s\u00fbrement cru au passage d\u2019une f\u00e9e,\ntellement la chose qui avan\u00e7ait semblait minuscule. Mais il n\u2019en \u00e9tait\nmalheureusement rien. Il s\u2019agissait d\u2019un enfant. Un gar\u00e7on, plus pr\u00e9cis\u00e9ment.\nIl devait avoir entre 4 et 5 ans, mais il \u00e9tait si maigre, semblait si fr\u00eale\ndans son haut rouge trop grand pour lui, que po\u00e8tes, \u00e9crivains, ou n\u2019importe\nquelle autre personne ne lui en aurait donn\u00e9e \u00e0 peine 3.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses cheveux blond-roux devenus presque gris sous la couche de\npoussi\u00e8re lui retombaient mollement sur les yeux. Son visage \u00e9tait \u00e0 moiti\u00e9\ncach\u00e9 par l\u2019ombre de ses m\u00e8ches rebelles, mais ses joues et le haut de ses\nl\u00e8vres \u00e9taient couvert d\u2019\u00e9gratinures s\u00fbrement caus\u00e9es par les \u00e9pines de la\nfor\u00eat d\u2019o\u00f9 il semblait venir. Le reste de son corps, noy\u00e9 dans ses v\u00eatements\ntrop larges, se rapprochait plus du tas d\u2019os que de la morphologie d\u2019un \u00eatre\nhumain. Et puis, il y avait ses pieds, qui, comme pour contredire la maigreur\ndu petit gar\u00e7on, \u00e9taient gonfl\u00e9s par l\u2019effort et la transpiration. <\/p>\n\n\n\n<p>Et lui avan\u00e7ait toujours, petit embryon de vie dans la noirceur\ninfernale de cette v\u00e9ritable nuit, lui avan\u00e7ait toujours, tra\u00eenant entre ses\ndeux jambes un chien en peluche d\u00e9chir\u00e9 priv\u00e9 d\u2019une des ses oreilles.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait peut-\u00eatre continu\u00e9 encore longtemps. Il aurait\npeut-\u00eatre m\u00eame continu\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il s\u2019effondre d\u2019\u00e9puisement sur les bords\nterreux de cette autoroute. Mais nous ne le saurons jamais, car, alors que lui\nsemblait d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 finir sa vie ainsi, errant sur une route sans boire ni\nmanger, le destin l\u2019en emp\u00eacha. Po\u00e8tes et \u00e9vrivains s\u2019en seraient donn\u00e9 \u00e0 coeur\njoie, car, voyez vous, le destin fait aussi partie de leurs sources\nd\u2019inspirataion favorites. Mais voil\u00e0, il n\u2019y avait ni po\u00e8tes, ni \u00e9crivains dans\nles environs. Juste ce petit gar\u00e7on, son doudou, et cette voiture, l\u00e0-bas, qui\njustement para\u00eessait \u00eatre un cadeau dudit destin. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019automobile cheminait \u00e0 un rythme r\u00e9gulier, semant dans son\nsillage la lum\u00e8re rouge vive de ses phares. Au bout de quelques instants, dans\nun crissement de pneu, nous p\u00fbmes distinguer sa carrosserie blanche presque\naveuglante. Et c\u2019est dans un nuage de fum\u00e9e qu\u2019elle manqua tout juste un des\narbres de la for\u00eat qui bordait l\u2019autoroute en se stoppant net derri\u00e8re le\ngar\u00e7on. Celui qui, nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 d\u00e9voiler un peu plus haut, ne mourra pas\nde faim sur le bitume de cette route, s\u2019arr\u00eata lui aussi, et attendit sagement\nque le visage du conducteur apparaisse derri\u00e8re la vitre qui s\u2019abaissait peu \u00e0\npeu.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chauffeur \u00e9tait un jeune homme brun \u00e2g\u00e9 d\u2019une trentaine\nd\u2019ann\u00e9es. Sa peau blanche semblait aussi lisse et immacul\u00e9e que sa voiture, mais\nsi nous plissions un peu les yeux, nous pouvions distinguer de petites gouttes\nde sueurs qui commen\u00e7aient \u00e0 perler. Il \u00e9tait souriant, c\u2019est vrai, mais de ces\nsourires un peu forc\u00e9s que l\u2019on a devant une situation d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, ou un\nprobl\u00e8me qu\u2019on ne comprend pas. <\/p>\n\n\n\n<p>Le sourire d\u2019une personne en dit long sur qui elle est. Ses yeux\naussi. Par consc\u00e9quent, quelqu\u2019un dot\u00e9 d\u2019un minimum de sens de l\u2019observation\naurait tr\u00e8s vite comprit qu\u2019il avait affaire \u00e0 quelqu\u2019un de particuli\u00e8rement\nanxieux. Il semblait donc normal que le petit gar\u00e7on, qui semblait \u00eatre dot\u00e9 de\ncette merveilleuse capacit\u00e9 nomm\u00e9e d\u00e9duction, jetait des regards m\u00e9fiants au\nconducteur. Cela ne fit qu\u2019empirer les choses. Le jeune homme d\u00e9glutit\nbruyament devant l\u2019attention soup\u00e7onneuse que lui portait l\u2019enfant, avant de\nd\u00e9clarer avec h\u00e9sitation.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Bonsoir, mon petit. Que fais-tu ici, sans ta maman pour te\nsurveiller ?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Le petit ne r\u00e9pondit pas<\/p>\n\n\n\n<p>Ce silence augmenta encore plus le trouble du chauffeur.\nCelui-ci d\u00e9tailla du regard le petit gar\u00e7on. Sale, r\u00e9pugnant, fatigu\u00e9, mais par\ndessus tout, affam\u00e9, voil\u00e0 les mots qui vinrent \u00e0 l\u2019esprit de l\u2019homme en le\nregardant. Tout \u00e0 coup, prit d\u2019un soudain \u00e9lan de bont\u00e9 et de courage, il\nsortit brusquement de sa voiture, prit le petit corps maigrelet du gamin entre\nses bras et l\u2019attacha sur le si\u00e8ge avant de sa voiture, tout en prenant soin de\nramasser le chien en peluche qui \u00e9tait tomb\u00e9 dans la boue. L\u00e0, il red\u00e9marra son\nautomobile et s\u2019engagea rapidement sur l\u2019autoroute.<\/p>\n\n\n\n<p>Le gamin n\u2019avait m\u00eame pas protester quand l\u2019homme l\u2019avait\ninstall\u00e9 de force dans la voiture, et n\u2019avait pas fait un geste lorsque le\nmoteur avait vrombi et quand les pneus de la voiture avaient commenc\u00e9 \u00e0 rouler\nde plus en plus vite sur la route. Etait-ce parce qu\u2019il savait qu\u2019il n\u2019avait\npas d\u2019autres choix s\u2019il ne voulait pas mourir, ou juste parce qu\u2019il \u00e9tait trop\nfatigu\u00e9 pour se d\u00e9battre ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le jeune homme ne prit m\u00eame pas la peine de se poser la\nquestion, tellement ses propres doutes occupaient toutes ses pens\u00e9es.\nQu\u2019allait-il faire ? Aller dans le premier poste de police qu\u2019il verrait lui\nsemblait \u00eatre une bonne solution. L\u00e0, il laisserait le petit au soin des\npoliciers, et partirait, la conscience tranquille. Oui, c\u2019\u00e9tait parfait ! Il\nn\u2019avait m\u00eame pas besoin d\u2019interroger le petit, les enqu\u00eateurs le questionnerait\nmieux que lui. Il essaya de sourire en pensant que bient\u00f4t, toute cette\nhistoire ne serait plus qu\u2019un mauvais souvenir, et se concentra sur la raison\nde sa visite \u00e0 Toulouse.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne put retenir un petit soupir de frustration en pensant au\nfait qu\u2019il allait rencontrer les enfants de sa soeur. Il n\u2019avait jamais trop\naim\u00e9 les enfants. C\u2019\u00e9tait collant, jamis satisfait et sale. \u00abEnfin, pas aussi\nsale que ce gamin\u00bb se dit-il en pens\u00e9e avec un m\u00e9lange de piti\u00e9, de sympathie\net de r\u00e9pulsion, tout en jetant un coup d\u2019oeil au gar\u00e7on. Lui, toujours tr\u00e8s\ncalme, jouait avec son doudou comme si de rien n\u2019\u00e9tait. Puis, sentant le regard\nde l\u2019homme sur sa peau, il arr\u00eata son occupation silencieuse et le d\u00e9visagea\navec cette m\u00eame m\u00e9fiance qu\u2019il avait tout \u00e0 l\u2019heure, quand il avait pour la\npremi\u00e8re fois vu le jeune conducteur. Le chauffeur se d\u00e9tourna aussit\u00f4t. Son\ncaract\u00e8re nerveux reprit le dessus, et il en vint m\u00eame \u00e0 se demander si le\ngamin pouvait savoir qu\u2019il avait l\u2019intention de l\u2019abandonner au poste de\npolice. Il sentait encore son regard lourd de reproche sur lui, et se secoua\nvigoureusement la t\u00eate. Il allait devenir fou, si \u00e7a continuait. Il recentra\nses pens\u00e9es sur sa s\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Il pourrait bien faire\ncet effort pour Laurie.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Il se souvenait encore de\nquand, petit, sa s\u0153ur et ses longs cheveux bond-roux \u00e9crivait des po\u00e8mes et des\nhistoires sur la nuit ou le destin. Il aimait bien \u00e9couter ce qu\u2019elle\ninventait. Elle avait m\u00eame cr\u00e9\u00e9 un po\u00e8me sur la rouille de la porte de leur\nsalle \u00e0 manger.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abHymne \u00e0 la Rouille, se rappela t-il avec un petit sourire\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Le pire, c\u2019est que\nc\u2019\u00e9tait une belle po\u00e9sie.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait aussi la derni\u00e8re qu\u2019il avait ententdu d\u2019elle. <\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la s\u00e9paration de leur parent, il ne s\u2019\u00e9taient plus jamais\nrevus. La naissance de ses enfants, c\u2019\u00e9tait l\u2019occasion de renouer les\nliens.&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>Le soleil se levait \u00e0 peine, quand, vers les 5 heures du matin,\nils crois\u00e8rent enfin les premi\u00e8res maisons. Peu de temps apr\u00e8s, le jeune\nconducteur se gara dans le parking d\u2019un poste de police, et s\u2019empresssa de s\u2019y\nengouffrer, en tra\u00eenant le gamin et son doudou poussi\u00e9reux derri\u00e8re lui. Ah l\u00e0\nl\u00e0, il \u00e9tait content d\u2019\u00eatre enfin arriv\u00e9 ! Depuis qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient engouffr\u00e9\ndans la ville, le gamin n\u2019arr\u00eatait pas de secouer une feuille de papier devant\nlui. Il ne criait pas, ne s\u2019agitait pas. Il se contentait de montrer la feuille\n\u00e0 l\u2019automobiliste d\u2019un air impatient. <\/p>\n\n\n\n<p>En sortant de la voiture, alors que le petit continuait d\u2019agiter\nle papier devant lui, le jeune monsieur,&nbsp;\nles nerfs \u00e0 bout, lui arracha le papier des mains, et, sans m\u00eame y jeter\nun regard, le chiffona en boule et le jeta derri\u00e8re lui. Le gar\u00e7on s\u2019empressa\nd\u2019aller le ramasser et suivit lentement l\u2019homme, son doudou et sa feuille bien\nserr\u00e9s contre sa poitrine.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se culbuta contre son \u00absauveur\u00bb quand il p\u00e9n\u00e9tra dans la\nsalle d\u2019accueil, qui \u00e9tait \u00e0 peine \u00e9clair\u00e9e. Le petit regarda alors vers le\nbureau et, le temps que ses yeux s\u2019adaptent au faible \u00e9clairage de la pi\u00e8ce, il\nremarqua un policier rondelet affal\u00e9 sur sa chaise. L\u2019aspect de ses yeux et la\ncouleur de ses cheveux montraient qu\u2019il devait avoir la quarantaine, mais son\nregard \u00e9tait aussi vif et r\u00e9actif que celui d\u2019une tortue en fin d\u2019hibernation.\nUn sachet de fraises tagada \u00e9tait pos\u00e9 sur ses genoux, et ses yeux\ns\u2019illuminaient chaque fois qu\u2019il portait un bonbon \u00e0 sa bouche, pour aussit\u00f4t\nse r\u00e9\u00e9teindre d\u00e8s que la friandise passsait dans sa gorge. Les cristaux de\nsucre \u00e9parpill\u00e9s sur son bureau tranchaient avec la propret\u00e9 du poste de\npolice. Il mit un certain temps avant de comprendre qu\u2019il n\u2019\u00e9tait plus seul, et\nquand il remarqua les nouveaux arrivants, il eut besoin d\u2019un temps de r\u00e9fl\u00e9xion\navant de comprendre qu\u2019il \u00e9tait en service et que ce jeune monsieur et son\ngamin crott\u00e9 avaient peut-\u00eatre besoin de lui. Il se redressa alors\nsoudainement, chassa les morceaux de sucre de sa table qui tomb\u00e8rent sur ses\nchaussures, et essaya de se donner un air professionnel. Mais il se\nrecroquevilla en croisant le regard courrouc\u00e9 du jeune homme. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Eh beh\u2026 excusez-moi , monsieur, j\u2019\u00e9tais en pause et je vous\navez point vu arriver. C\u2019est que, \u00e0 cette heure ci du matin\u2019g, y\u2019a pas beaucoup\nd\u2019monde, en g\u00e9n\u00e9ral ! se d\u00e9fendit-il avec son accent toulousain bien marqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme inspira et expira discr\u00e8tement, avant d\u2019afficher un\nsourire forc\u00e9 et de tendre sa main un peu humide au policier.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Bonjour, lan\u00e7a t-il avec un peu trop d\u2019enthousiasme tout en\nserrant la main collante de l\u2019officier. Je suis John Hud, et je viens vous voir\npour\u2026 lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Il d\u00e9signa d\u2019un signe de t\u00eate le petit gar\u00e7on qui, affam\u00e9, avait\nentrepri d\u2019engloutir le paquet de bonbons, la feuille et son doudou d\u00e9laiss\u00e9e\nsur une des chaises d\u2019attente de l\u2019accueil.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait un bien \u00e9trange spectacle, cet homme grassouillet et ce\nmonsieur un peu transpirant qui observaient silencieusement ce petit gar\u00e7on\ntoujours recouvert de boue et de crasse attraper avec ses petites mains sales\ndes paquets de fraises tagadas. Malgr\u00e9 \u00e7a, il ne perdait pas le nord, et\nsoutenait calmement le regard des deux individus. <\/p>\n\n\n\n<p>Mr. Hud r\u00e9suma bri\u00e8vement l\u2019histoire au policier, tout en\nprenant soin de mentionner la myst\u00e9rieuse feuille que le petit lui suppliait \u00e0\nsa mani\u00e8re de lire depuis leur entr\u00e9e en ville, sans pour autant pr\u00e9ciser son\npetit mouvement de col\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Mr. Clawisttle -car ainsi se nommait le policier-, lui demanda\nce que contenait cette feuille, et Mr. Hud, g\u00ean\u00e9, lui r\u00e9pondit qu\u2019il ne l\u2019avait\npas encore regard\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mr. Clawisttle s\u2019approcha doucement du gamin, et, comme s\u2019il\nparlait \u00e0 un animal bless\u00e9 mais sauvage, lui demanda doucement :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Bonjour, mon peti\u00f4t, je peux prendre la feuille que tu voulais\nabsolument faire lire \u00e0 ce bon\u2019g Mr. Hud ? C\u2019est que c\u2019est un bon\u2019g gas, que ce\nJohn, hein\u2019g ? Faire tout ce trajet pour te ramener ici, en ville ! Eh beh, je\nsais point si j\u2019aurais fait \u00e7a, moi ! Hein qu\u2019il est gentil, Mr. Hud ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le gamin avait arr\u00eat\u00e9 de manger d\u00e8s que le policier \u00e9tait venu\nle voir. Il ne se donna pas la peine de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019officier. Il se mit sur la\npointe des pieds et ramassa la feuille avant de la tendre le plus naturellement\ndu monde \u00e0 Mr. Clawisttle. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce dernier sembla surprit de l\u2019obtenir sans r\u00e9sistance, et\nrecula rapidement, comme ci le gamin pouvait changer d\u2019avis \u00e0 tout moment.\nQuand il baissa les yeux vers la feuille, ses yeux s\u2019agrandirent de surprise.\nMr. Hud, qui avait remarqu\u00e9 son \u00e9tonnement, lui arracha la feuille des mains&#8230;\net fondit aussit\u00f4t en larme. <\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait \u00e9trange de voir un homme se briser ainsi. De le voir\ncraquer ainsi \u00e0 la lecture de sept mots, sept simples et stupides mots.\nPourtant, voil\u00e0 le spectacle qui se d\u00e9roulait dans ce poste de police, alors\nque l\u2019obscurit\u00e9 de la nuit reculait peu \u00e0 peu.<\/p>\n\n\n\n<p>Le petit gar\u00e7on, surtout, semblait surpri. Puis, lui aussi se\nmit \u00e0 trembler. Lui qui n\u2019avait pas broncher sous les coups la douleur, ne\ns\u2019\u00e9tait pas plaint de sa faim, et ne s\u2019\u00e9tait pas mis en col\u00e8re lorsque Mr. Hud\navait chiffon\u00e9 et jet\u00e9 sa pr\u00e9cieuse feuille, semblait sur le point d\u2019exploser.<\/p>\n\n\n\n<p>Un sanglot s\u2019\u00e9chappa de gorge, suivit d\u2019un autre, jusqu\u2019\u00e0 ce\nqu\u2019il se mette vraiment \u00e0 pleurer.<\/p>\n\n\n\n<p>Les larmes aussi sont une source d\u2019inspiration pour les po\u00e8tes\net les \u00e9crivains, qui les comparent de mani\u00e8re fort jolie \u00e0 des rivi\u00e8res ou des\ntorrents.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agissait effectivement de torrents de larmes qui se\nd\u00e9versaient des yeux du petit, noyant le sachet de fraises tagada dans une\nmarre d\u2019eau sal\u00e9e. Les g\u00e9missements du petit gar\u00e7on devinrent si grands, si\npuissants, qu\u2019ils couvrirent ceux, plus grave, de Mr. Hud. Ce dernier se\nredressa d\u2019un coup, peinant \u00e0 \u00e9touffer les spasmes qui secouaient son corps. Il\ncontemplait le petit gar\u00e7on avec tristesse et culpabilit\u00e9. Il semblait\nregretter am\u00e8rement son comportement de d\u00e9part avec lui. Les remords le\nrongeaient tellement, que, ne pouvant supporter la vue de ce petit gar\u00e7on qui\n\u00e9tait en fait\u2026 non. Il ne pouvait pas se le dire. C\u2019\u00e9tait trop de chagrin pour\nune seule personne. Il sortit brusquement de la pi\u00e8ce, ne pouvant supporter le\nspectacle du petit gar\u00e7on qui pleurait. Mr. Hud avait l\u2019impression que c\u2019\u00e9tait\nde sa faute, que tout \u00e9tait de sa faute. C\u2019\u00e9tait \u00e0 la limite du supportable. <\/p>\n\n\n\n<p>Il se pr\u00e9cipita vers sa voiture, et d\u00e9marra aussit\u00f4t. Quelques\nminutes plus tard, nous discern\u00e2mes le bruit d\u2019une collision entre deux\nvoitures, la sonnerie d\u2019une ambulance et le claquement des mauvaises langues\nqui allaient bon train sur les raisons de l\u2019accident.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus jamais nous n\u2019entend\u00eemes parler de John Hud.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019int\u00e9rieur du poste de police, Mr. Clawisttle, ne pouvant\ningurgiter toutes ses informations d\u2019un coup, prit quelques minutes avant de\ncomprendre que Mr. Hud \u00e9tait parti, et plus de temps encore avant de comprendre\nqu\u2019il \u00e9tait seul avec cet enfant livr\u00e9 \u00e0 lui m\u00eame. Il se pencha doucement et\ncommen\u00e7a \u00e0 interroger le petit, patienta quelques instants, le temps que ses\nsanglots se calment, et lui redemanda de lui expliquer comment il s\u2019\u00e9tait\nretrouv\u00e9 seul au millieu de la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Et le petit parla.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Maman nous zavaient parler de no\u2019t tonton, \u00e0 Matiz, doudou et\nmoi. Elle avait dit qu\u2019apr\u00e8s avoir vu tonton, on partirait dans zun endroit o\u00f9\non aurait une vrai maizon, avec un zardin et trampoline. <\/p>\n\n\n\n<p>On zerait plus oblig\u00e9 de dormir tous les trois\nsur le m\u00eame lit, et y\u2019aurait plus de cafards quand on voudra aller au toilettes\n! Mais, j\u2019ai dit \u00e0 maman que les cafards, za me manquera. Elle a rigol\u00e9 et elle\na dit que, l\u00e0 ou on ira, il y aura plein d\u2019autres zanimaux, plus gros et plus\ndoux que les cafards. Alors z\u2019ai ri aussi, et z\u2019ai dit que j\u2019ai h\u00e2te d\u2019y aller.\nComme on devait voir tonton demain, on devait y\u2019aller zamedi. Mais maman, ze\nzais pas pourquoi, elle a eu peur. Elle a dit qu\u2019on devait y\u2019aller maintenant,\no\u00f9 y\u2019aura un monstre qui nous zattrapera. Mais ze crois qu\u2019elle parlait de zon\nancien amoureux. Du coup, on est parti hier zoir, avec Matiz auzi. Mais maman a\neu un probl\u00e8me avec la voiture, et on est all\u00e9 tout vite dans un esp\u00e8ce de\ngrand trou pr\u00e8s de la for\u00eat. Apr\u00e8s, z\u2019est comme zi je me suis endormi pour\nquelques minutes, et ze me zuis r\u00e9veill\u00e9. Maman et Matiz, ils bougeaient pas.\nEt leur corps \u00e9taient tout froid. Alors, moi auzi, comme maman, z\u2019ai eu peur.\nZe comprenais pas encore que eux, ils ze r\u00e9veilleraient pas. Comme j\u2019avais froid,\nz\u2019ai pris le pull rouze de maman. Z\u2019est la d\u2019dans que z\u2019ai trouv\u00e9 la feuille.\nEt apr\u00e8s, z\u2019ai march\u00e9 longtemps, longtemps. Et apr\u00e8s, y\u2019a Mr. Hud qui est\narriv\u00e9. Je le faizais pas confianze. Il avait peur, lui auzi. Et la peur, z\u2019est\npas bien. Ze crois qu\u2019en faite, il avait peur de moi. Moi ze voulais pas, mais\nil avait peur de moi. Donc z\u2019ai rien dit. Z\u2019ai fait comme zi je parlais pas,\nmais je comprenais. Et apr\u00e8s, on est arriv\u00e9 izi. Et apr\u00e8s, quand Mr. Hud, il a\nvu le papier, il a compris, lui auzi. Il a compris pour maman, qu\u2019elle ze\nr\u00e9veillerais pas.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Quand le petit gar\u00e7on se tut, Mr.\nClawisttle reprit la feuille chiffon\u00e9e, et lut les sept premiers mots, ces sept\npremiers mots qui avaient r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9truire un homme.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Hymne\n\u00e0 la Rouille<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;par : Laurie Hud<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La nuit est une grande source d\u2019inspiration. Combien de po\u00e8tes ou \u00e9crivains ont \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9 par le chant d\u2019un hibou, ou les reflets du clair de lune sur un lac ? Beaucoup, en tout cas. Oui, la nuit est une belle chose, myst\u00e9rieuse et insaisissable, qui nous calme et nous\u2026<\/p>\n<p class=\"continue-reading-button\"> <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-terrain-fleury\/nouvelles-bilingues-gagnante-en-4eme-agate\/\">Lire la suite<i class=\"crycon-right-dir\"><\/i><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":21090,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1279","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-terrain-fleury\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1279","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-terrain-fleury\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-terrain-fleury\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-terrain-fleury\/wp-json\/wp\/v2\/users\/21090"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-terrain-fleury\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1279"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-terrain-fleury\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1279\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1287,"href":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-terrain-fleury\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1279\/revisions\/1287"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-terrain-fleury\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1279"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-terrain-fleury\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1279"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/etab.ac-reunion.fr\/clg-terrain-fleury\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1279"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}