Certaines expériences artistiques dépassent largement le cadre d’une simple sortie pédagogique en cette fin d’année 2025. Celle vécue par les élèves de 1ère G1 et de l’option théâtre en assistant à Être ou ne pas être appartient sans conteste à cette catégorie rare.
Écrite par Luca Franceschi, mise en scène par Daniel Léocadie et portée avec une intensité remarquable par Jean‑Laurent Faubourg, la pièce relève un pari audacieux : réunir en une seule écriture les monologues des plus grands héros shakespearien : Hamlet, Richard III, Othello, Macbeth… Une traversée vertigineuse, presque initiatique, où le comédien cherche un personnage capable de soutenir ce projet titanesque. Il le trouvera en lui-même, dans ce double fictif, complice et insaisissable, qui le fascine autant qu’il le tourmente.
Dès les premières minutes, les spectateurs ont été plongés dans un théâtre vivant, dépouillé de toutes futilités, vibrant, où l’acteur devient tour à tour créateur, guide, miroir et révélateur de nos propres fragilités actuelles et anciennes.
Cette dimension introspective n’a pas échappé aux élèves. Ryan y a vu « une réflexion profonde sur une société où l’on change pour plaire aux autres », saluant la manière dont le personnage finit par « s’accepter et trouver une paix intérieure ». Quentin, quant à lui, a été frappé par la dimension psychologique de la pièce, percevant « deux facettes d’une même personne » dans la relation entre l’acteur et son personnage.
Derrière l’humour, l’ironie et l’enthousiasme, le spectacle dévoile aussi l’envers du décor de l’existence: les doutes, les angoisses, la précarité d’un métier où l’on n’est parfois “qu’un personnage ou des personnages ”.
Sur scène, presque rien : une petite estrade, un rideau, une console son‑lumière manipulée par l’acteur lui-même, quelques accessoires. Et pourtant, tout y est. Car l’essentiel se joue ailleurs : dans la présence, la parole, la relation directe avec le public. Naïla souligne d’ailleurs combien « la représentation en français et en créole réunionnais crée une ambiance authentique et vivante », renforcée par « les musiques réunionnaises qui ajoutent encore plus de charme ».
Cette sobriété scénique, pensée par Gala Ognibene et Charley Collet, soutenue par les lumières d’Alain Cadivel, le son de Thierry Desseaux, les costumes de l’Atelier Modistaou du CDNOI et le travail minutieux de toute l’équipe technique, offre un écrin idéal à cette performance sensible, drôle, parfois poignante. Mathias a particulièrement apprécié « les longs monologues » et la manière dont l’acteur « représente si bien la langue créole ».
Mais au-delà de la prouesse artistique, c’est la portée pédagogique qui a marqué les élèves. Dans une École de 2025 qui aspire à former des citoyens sensibles, critiques et empathiques, cette rencontre avec un théâtre incarné, profondément humain, agit comme un révélateur. Alexy évoque une « réflexion touchante sur l’identité, le doute et la connaissance de soi », portée par un jeu d’acteur « d’une grande intensité, mêlant humour, émotion et poésie ». Tony, lui, retient « la rapidité fascinante avec laquelle l’acteur change de personnalité », ainsi que « le mélange d’humour, de drame et de sensibilité qui rend la pièce captivante ».
En sortant de la salle, beaucoup avaient les yeux brillants. Certains parlaient de Shakespeare comme d’un compagnon nouveau. D’autres évoquaient la beauté du métier d’acteur, ou la fragilité qu’il faut accepter pour créer. Tous, sans exception, avaient été touchés et parfois même transformés.
C’est peut‑être là que réside la véritable réussite de cette représentation : avoir offert à ces jeunes un espace où l’art devient un outil de compréhension du monde d’hier et d’aujourd’hui , mais aussi d’eux‑mêmes. Un espace où l’on apprend à douter, à rire, à ressentir, à ne rien comprendre et à penser.
En somme, une expérience qui rappelle que l’École de 2025 ne se construit pas seulement dans les salles de classe, mais aussi dans ces moments suspendus où la culture vient éclairer, inspirer, questionner et transformer.
Article rédigé par Manuella MELCHIOR, professeur d’histoire-géographie avec la précieuse collaboration d’Agnès TECHER, accompagnatrice médiatrice MLDS (Mission de Lutte contre le Décrochage Scolaire) et des élèves dynamiques, sensibles et engagés de 1G1 particulièrement Naïla, Ryan, Tony, Mathias, Quentin et Alexy.




