PROLOGUE
On l’appelait « le Barde Immortel ».
Qui était William Shakespeare (1564-1616) ? Pourquoi est-il célèbre ? Quelles sont ses œuvres emblématiques ? Si ses pièces de théâtre ont atteint une postérité sans pareille et constituent aujourd’hui un patrimoine culturel incommensurable, peu sont ceux à savoir qu’il est également l’auteur de 154 sonnets – parmi lesquels se trouve son poème le plus célèbre : le « Sonnet 18 » (1609). De quoi parle ce poème ?
Enzo et Damien répondent à ces questions dans une vidéo où les prises de vue aériennes semblent se vouloir aussi vastes que le sujet abordé.
Projet par Léa ALZI, Enzo BOYER, Damien CLAIN et Maxime CADET
ACTE I : Shall I compare thee to a summer’s day?
Il existe à Sainte-Anne un édifice construit en 1857 et protégé au titre des Monuments historiques depuis 1982. Cette église de style baroque a accueilli Catherine Deneuve et Jean Paul Belmondo pour le tournage du film de François Truffaut La Sirène du Mississippi en 1969. Maxence et Amandine y invitent aujourd’hui une sommité de plus : Shakespeare.
Installés au pied de ce monument, ils présentent le « Sonnet 18 » original, récité dans l’anglais de Shakespeare : l’Anglais Moderne Naissant (Early Modern English). A endroit historique, anglais historique.
Les plans en contre-jour semblent particulièrement signifiants, dans ce poème où l’amant transi déclare se détourner de l’astre du jour lui-même, pour contempler un astre ô combien plus digne de son admiration.
Toutefois, l’église perce de sa présence verticale le moindre plan de cette vidéo, si bien qu’un doute finit par poindre dans l’imaginaire du spectateur : ces mots sont-ils toujours une ode à l’amour éternel, ou sont-ils à présent une ode à ce fier édifice qui fait fi des saisons et traverse les âges ?
Projet par Maxence BERTIL, Amandine GODRON, Juliette LEGROS et Kellya SAMA
ACTE II : Can I compare you to a summer day?
Dans les années 1840, Anna Maria Russel, la duchesse de Bedford, qui était également une des dames d’honneur de la reine Victoria (1819-1901), trouvait trop long l’intervalle entre le déjeuner et le dîner. Elle demanda un jour qu’on lui apporte dorénavant du thé, du pain et des gâteaux, à chaque fin d’après-midi. Ainsi naquit la tradition du savoureux afternoon tea britannique, qui perdure encore aujourd’hui. Il est constitué d’une sélection de thés, de sandwichs salés, de pâtisseries fines et de scones servis avec de la confiture et une crème épaisse appelée clotted cream.
Assises autour d’un généreux thé anglais que l’on jurerait sorti tout droit de l’époque victorienne, Marion et Léane dépoussièrent le texte original de 1609 en lui donnant les saveurs et les inflexions d’un anglais plus moderne.
Projet par Anne-Gabrielle GIGAN, Marion HAURICE, HO-KAM Léane et Giulian PAYET
ACTE III : Puis-je te comparer à un jour d’été ?
Scène 1 : Baurice et Océane vous convient à un pique-nique où les produits du terroir sont mis à l’honneur. Shakespeare s’invite le temps d’une dégustation de fromages, de salami ou d’un verre de Beauj… jus de raisin. Avant de tirer sa révérence, le Poète partage un instant la même nappe à carreaux que Flaubert et Molière, dans cette version française du célèbre sonnet.
Projet par Camille DIJOUX, Baurice KERALDY, Océane LEFRANCOIS et Anna NICOLE
Scène 2 : Le temps d’un quatrain, quelques élèves solidaires de 102 viennent prêter voix-forte aux élèves de Section Européenne, apportant ainsi leur pierre à l’édifice shakespearien.
Non content d’une traduction en français qui est un parangon d’élégance, ce projet se targue également d’une récitation polyphonique – choix qu’aucun autre groupe n’a tenté. Ainsi, six voix s’enchaînent, s’enchevêtrent et se répondent.
L’oreille affûtée remarquera l’autre présence qui ajoute son timbre magistral à cette valse des voix. En effet, ce projet a le bon goût de convoquer, en fond de toile, un monstre sacré de la chanson française : l’auteur-compositeur-interprète Charles Aznavour, auteur de plus d’un millier de chansons. Tout au long de la récitation chorale, le chantre britannique et le chantre franco-arménien semblent se répondre eux-aussi, par poèmes interposés, sur la thématique du temps qui s’enfuit : Shakespeare victorieux d’avoir éternisé l’objet de son affection dans l’ambre de ses vers, Aznavour victime d’avoir galvaudé son temps à essayer de le figer.
Projet par Emeraude BOYER, Michel COCHARD, Océane COLLET, Kylian DARID, Mathis DIJOUX et Ambre GRONDIN
ACTE IV : Mi peu compare a ou a un journée d’été ?
Scène 1 : Avec une habileté déconcertante, Léa ALZI, Prunelle COLLET, Lauryne DAMOUR et Felicia TECHER réussissent à s’approprier ce poème et à l’exoticiser jusqu’au moindre hémistiche. La Réunion et l’Angleterre se superposent jusqu’à se confondre, dans un heureux palimpseste. L’écrin audiovisuel de ce texte nouveau excelle lui aussi dans cette même volonté de tropicaliser Shakespeare, en le panachant de couleurs locales.
Scène 2 : Avec une traduction rigoureuse, qui reproduit jusqu’aux rimes croisées du poème original, et une mise en voix adroitement menée, Gaël CAZAMBO propose sa version créolisée du sonnet. Le rhéteur latin Quintilien définissait la rhétorique comme étant « l’art de bien dire » (bene dicendi scientia). L’aisance oratoire dont Gaël fait preuve ici fait indubitablement honneur au Poète à qui il rend hommage.
EPILOGUE
En 1609, William Shakespeare prétendait immortaliser l’être aimé dans les trois quatrains et le distique du « Sonnet 18 ». Cette année, les créations et réinventions novatrices des élèves de la Section Européenne de Marie Curie concourent à immortaliser le souvenir du Barde lui-même.
Article rédigé par M. SILOTIA
Professeur d’anglais au Lycée Marie Curie
Projets audiovisuels réalisés par ses élèves : Les Sections Européennes de Seconde et de Première (années 2024-2025 et 2025-2026)
