La semaine de Fanny : Quand les élèves deviennent des passeurs de mémoire

Les élèves de 4ème6 et 4ème4 ont travaillé avec leurs professeurs d’histoire-géographie (Mme Plante et Mme Pitou) sur la traite et l’esclavage. Ils ont écrit des textes où ils ont brossé le portrait de plusieurs esclaves. Il leur tenait à cœur de les présenter ainsi que Fanny Desjardins esclave, affranchie, propriétaire d’habitations et d’esclaves dont le collège porte le nom. Ils ont lu leurs textes devant les élèves de 6ème et au CDI durant la semaine du 20 au 24 Avril.

Ce moment n’a pas été choisi au hasard car :

Le 27 Avril 1848 la France abolissait l’esclavage dans les colonies

Le 10 Mai 2001 elle reconnaissait la traite et l’esclavage contre l’humanité.

Nos élèves ont donc été des passeurs de mémoire pour que l’histoire ne soit pas oubliée. Ils ont donné la parole à ceux dont même les mots étaient enchainés.

TEXTES des élèves

Pierre, noir de pioche. Une journée dans les champs.(Khalel 406)

Je m’appelle Pierre, j’ai vingt-cinq ans. Le maître m’a acheté il y a trois ans à un autre colon de l’île. Il m’a dit que j’avais des bras faits pour manier la pioche. Depuis, tous les matins, au son de la cloche, je pars travailler dans les champs, du lever au coucher du soleil, sous la surveillance du commandeur, toujours prêt à me fouetter si je m’arrête un instant.

À la mi-journée, je mange du maïs, du manioc ou du conflore préparés par la cuisinière des Noirs. Le soir, je retourne au camp ; je retrouve alors ma famille et mes amis autour du feu.

Lorsque vient l’heure de dormir, je pense à ma mère, à la douceur de sa voix qui me réconfortait autrefois, et je rêve de liberté.

Le parcours de Joseph. (Layann 406)

Il y a très longtemps, mon prénom était Douloungué. J’avais deux frères et une sœur. Un soir, tout a basculé : jamais je n’oublierai la nuit de la razzia. Ce fut une séparation brutale.

On m’a enchaîné dans la cale d’un navire négrier. L’odeur y était insoutenable et beaucoup de mes semblables y sont morts.

À mon arrivée sur l’île Bourbon, on m’a vendu. On m’a donné un nouveau nom : Joseph. J’ai été contraint de me soumettre au maître de la plantation et d’accepter cette nouvelle existence, celle d’esclave. Pourtant, au fond de moi, rien n’effacera jamais qui je suis, ni les souvenirs de ma vie d’avant.

Chaque jour, en silence, je répète mon nom : Douloungué… Douloungué… pour ne pas l’oubli

Jules, marron. Ma vie loin des chaînes.(Waldrick 406)

Je m’appelle Jules, je viens de Madagascar. Là-bas, j’avais un nom que je ne peux plus prononcer, comme si la mer me l’avait arraché.

À l’île Bourbon, j’ai connu l’esclavage. J’ai fui parce que mon maître me maltraitait. Je suis devenu un esclave marron et je me suis réfugié dans le cirque de Salazie, où j’ai retrouvé d’autres esclaves en fuite.

La peur d’être capturé à nouveau par les chasseurs d’esclaves ne me quitte jamais, mais pour rien au monde je ne renoncerai à ma liberté.

Célia,négresse de cour.(Bhavani 406)

Je m’appelle Célia, j’ai cinquante ans et je boîte depuis vingt ans, depuis une mauvaise chute sur les marches de la grande maison. Depuis ce jour, on ne m’a plus envoyée aux champs, ni même à la cuisine. Je suis désormais négresse de cour : je garde les enfants.

On pourrait croire qu’il est facile de s’occuper d’une bande d’enfants, mais il faut les occuper sans cesse et les empêcher de faire des bêtises. Cela m’épuise et réveille mes douleurs, mais ils me donnent aussi la force de continuer.

Ils rendent mes journées moins longues et, pendant quelques instants, ils me font oublier ma condition d’esclave.

Augustine, la cuisinière esclave.(Chloé)

Je m’appelle Augustine, j’ai quarante ans. Je suis née dans une plantation et je suis devenue cuisinière, comme ma mère, qui m’a tout appris.

Je travaille dans une cuisine située à l’extérieur de la grande maison, pour éviter les incendies, car nous cuisinons au feu de bois. Je prépare des carris, des fricassées, des rougails pour les maîtres.

Je me lève très tôt chaque matin pour préparer tous ces plats : ils doivent être servis chauds et à l’heure. Je suis souvent épuisée, surtout à cause de la fumée qui m’incommode, mais je n’ai pas le choix.

Marie , la nénaine. (Emma 406)

Je m’appelle Marie, j’ai trente ans et je n’ai jamais connu la liberté.

Depuis mon enfance, je suis au service de Madame. Je l’ai suivie lorsqu’elle s’est mariée, comme on suit un chemin tracé d’avance.

Aujourd’hui, je suis la nénaine de ses enfants : je les lave, je les nourris, je les berce, je les soigne et je leur chante des comptines pour les endormir.

Mon rêve serait d’être libre, d’avoir ma propre maison et d’élever mes enfants. Mais, au fond de moi, je sais que ce rêve ne se réalisera sans doute jamais.

La famille d’esclave.(Nelson, Jessica)

Je m’appelle Didier, j’ai trente et un ans. Je suis né sur la plantation de Madame Desbassyns, où je travaille aujourd’hui comme noir de pioche.

Chaque jour, je peine sous la surveillance du commandeur. Quand je me réveille à l’aube, je sais que m’attendent la chaleur du soleil, la fatigue et la peur des coups de fouet.

Mon seul rêve, c’est que mes enfants puissent un jour connaître la liberté.

Je suis Flore, la femme de Didier. Moi aussi, je suis esclave et noire de pioche. Je suis épuisée, le corps usé par le travail, mais c’est surtout l’avenir de mes enfants qui me hante.

Moi, c’est Alexis, j’ai neuf ans. Je fais partie de la petite bande d’enfants surveillée par Cécilia, la négresse de cour.

Moi, c’est Marie-Rose, j’ai sept ans. Avec les autres, on fait souvent des bêtises : on chaparde dans la cuisine, on taquine le vieux Zéraphin pour qu’il nous raconte ses histoires.

Et moi, je suis Angélique, la petite dernière. J’ai cinq ans.

Les souvenirs d’Adélaide.( May Line 406)

Je me souviens encore de l’endroit où je suis née : sur la plantation de Sainte-Marie, à l’île Bourbon.

J’étais esclave de pioche, comme mes parents avant moi.

Je me rappelle le son de la cloche qui nous réveillait à l’aube et nous appelait au travail.

Je coupais la canne, je désherbais les champs, je portais des charges lourdes, toujours sous la surveillance d’un commandeur sévère.

Tout cela m’a usée, épuisée, et m’a laissé des séquelles pour la vie.

Mon seul réconfort était de retrouver ma famille et mes amis le soir, autour du feu. Nous partagions le repas, nous chantions, nous dansions. C’étaient les seuls moments de la journée où j’oubliais ma condition, où je m’évadais de la triste réalité.

Un jour pourtant, mon maître m’a affranchie.

J’ai aujourd’hui soixante-quinze ans, et je peux enfin dire que je suis heureuse, même si je n’oublie pas mon passé.

Pierre, noir de pioche par Maxime 404

Bonjour, je m’appelle Pierre, j’ai 25 ans. Je suis un « noir de pioche » car je travaille dans les champs. J’ai été acheté par mon maître à l’âge de 16 ans. Je vivais à l’époque en Afrique. Je me rappelle la cuisine de ma mère. Je revois mon père travaillant dans les champs, mes frères …. C’était ma vie avant que je sois capturé et vendu comme esclave.

Maintenant je me réveille à l’aube, au son de la cloche. On se regroupe dans la cour. Le régisseur répartit les tâches. Aujourd’hui on me demande de planter le maïs. Le commandeur est très sévère. Il nous surveille… Il nous agresse…Je suis fatigué, j’en ai marre… Je veux rentrer en Afrique… La cloche sonne à nouveau pour aller manger. 30 minutes seulement … Aujourd’hui c’est haricots rouges et maïs. De retour au camp, le soir, après le compte rendu de la journée on nous distribue nos rations : un bout de viande, un morceau de manioc. Je me dirige vers ma paillotte. J’ai mal partout car j’ai reçu des coups du commandeur. Je suis content de retrouver ma famille, ma femme et mon fils. Je les aime beaucoup. On a envie d’être libre de pouvoir faire ce qu’on veut. J’aimerais que mon fils, mon petit Amadou, devienne un homme libre, un homme heureux, un homme fort. Aujourd’hui nous devons obéir et nous soumettre à notre maître. J’en ai marre de travailler sans gagner quelque chose. Je veux retourner en Afrique pour avoir des nouvelles de ma mère. Je ne sais pas si elle est vivante ou si elle a été tuée.

Une famille d’esclave par Zahra, Kyara, Gloria, Emma de 404

Je m’appelle Didier et j’ai 31ans. Je suis né sur la plantation où je travaille sans relâche dans les champs. Je suis esclave, noir de pioche. Je me réveille à l’aube, au son de la cloche et je rejoins les autres esclaves. Notre régisseur nous attribue les tâches de la journée. Nous suivons le commandeur qui est très sévère. Il nous oblige à travailler sous la chaleur du soleil. Il fait régner la peur dans nos cœurs. J’ai toujours la boule au ventre. Si on fait le moindre écart il nous frappe jusqu’à ce qu’on tombe par terre et nous force à nous relever. Malgré tout je rêve d’une vie meilleure pour mes enfants. À la mi-journée les repas nous sont apportés depuis la cuisine des noirs. Ce ne sont pas des repas de luxe : maïs, pois du cap. Nous nous remettons vite au travail sous la chaleur, les coups. Tout ce que j’espère c’est que mes enfants ne le voient pas. Au retour des champs, après le compte rendu de la journée nos rations nous sont distribuées. Je rentre dans notre case où je retrouve ma femme et mes enfants. C’est par amour pour eux que je tiens.

Je suis Flore, la femme de Didier. Comme lui je suis esclave, noire de pioche. Je travaille dans les champs et je connais la même vie rude : Lever dès l’aube, la tâche attribuée par le régisseur, le travail sous la chaleur et les coups du commandeur, les repas fades, à peine suffisants. Malgré ma colère et ma rage je me concentre sur l’amour que je porte à mes enfants et à mon mari. Je garde l’espoir qu’un jour mes enfants auront une meilleure vie.

Moi c’est Alexis. J’ai 9 ans. Je ne suis pas encore grand alors je reste avec la bande. C’est Célia, la négresse de cour, qui nous surveille. Elle nous fait balayer la cour. La plupart du temps on se sauve, on joue. On va piquer des choses dans la cuisine et embêter les poules. Notre repas : du manioc. Papa et maman travaillent sur la plantation. Quand ils arrivent ils sont fatigués et en piteux état. Ça m’inquiète. Est-ce que moi aussi je vais devoir travailler dans ces conditions ? Sur ce sujet je me confie rarement. Heureusement que Zéphyrin avec ses histoires est là pour me changer les idées. Un jour Marie-Rose et Marie Angélique sont parties fouiner dans la grande maison. Pour leur éviter les ennuis je suis allé les chercher. Mais on s’est fait surprendre par le maître … Un grand monsieur qui a crié très fort après nous. Maintenant à chaque fois que nous passons devant la grande maison nous courrons car nous avons eu très peur. Malgré cela mes deux sœurs sont bien décidées à continuer les bêtises.

Moi c’est Marie-Rose. J’ai 7 ans. Avec la bande on fait tout plein de bêtises. Dès que Célia a le dos tourné nous nous enfuyons pour courir dans les couloirs de la cuisine. Quelque fois nous allons écouter les histoires de Zéphyrin. Il nous raconte l’Afrique … la savane… les lions… les guépards. À la fin de la journée nos parents rentrent fatigués, avec des blessures. Ils ne nous racontent pas leurs souffrances mais je sais qu’ils se font frapper. Nous sommes esclaves. Nous appartenons au maître. Ils travaillent pour lui. J’ai peur… un jour moi aussi lorsque je serai grande je vais devoir travailler dans les champs.

Moi je m’appelle Marie-Angélique. J’ai 5 ans. Je suis la plus petite mais … la plus maligne. Ma sœur, mon frère et moi nous sommes confiés à Célia, la négresse de cour pendant que nos parents vont travailler. J’ai toujours peur qu’ils ne reviennent pas. Nous faisons partie de la petite bande. Tous ensemble on chaparde dans la cuisine et on embête les poules. Moi, je cours après la poule grise. Et bien sûr elle veut vite me donner des coups de bec. On s’amuse vraiment. On se sauve pour aller chez Zéphyrin le vieux gardien africain. J’aime bien ses histoires. J’écoute parfois papa et maman. Ils se font frapper. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas pourquoi on est tous enfermé ici et ça me fait peur.

Célia, la négresse de cour par Teeyah, Prislène et Alyssa 404

Je m’appelle Célia. J’ai cinquante ans. Je suis une négresse de cour. J’ai été blessée il y a quelques années : une mauvaise chute dans les escaliers de la grande maison. Cela me fait boiter. Je ne peux plus faire de travaux trop physiques. On m’a donc confié la garde des enfants des autres esclaves. Je dois les tenir occupés, les surveiller. Je leur fais balayer la cour de la grande maison et celle de l’usine. Je dois les empêcher de faire des bêtises. Mais je suis souvent fatiguée, j’ai des douleurs. Les enfants sont turbulents. Ils me font tourner en bourrique ces petits chenapans. Ils se cachent, chapardent dans la cuisine et le jardin, embêtent les animaux. Je me souviens d’une fois ou un enfant avait mangé toute la nourriture en cachette. Les enfants sont agaçants mais j’aime bien les regarder jouer. Mon plus grand plaisir c’est lorsqu’ils m’entourent et me disent : « Célia raconte nous une histoire ». Là, j’oublie pour un instant la plantation, mes regrets, mes rêves de liberté.

Marie, la nénaine par Louane et Tessie 404

Je m’appelle Marie. J’ai trente ans et je n’ai jamais été libre. Depuis que je suis enfant, je suis au service de Madame. Je l’ai suivie quand elle s’est mariée. Je suis la nénaine. Je m’occupe des enfants des maîtres. Je les lave, les habille, les nourrit, les berce, leur chante des comptines. Maria qui a 4 ans aime les comptines. Paul, son frère, petit bonhomme de 6 ans, aime les histoires de sorciers, de magiciens. Il me fait tourner en bourrique. Il aime ravager, faire des bêtises, jouer à cache-cache. Il n’écoute rien de ce que je lui dis. Il finit toujours par se tâcher, déchirer ses vêtements que je dois repriser. Pour cette raison, je me fais souvent disputer par le maître et la maîtresse. Je dors sur une paillasse dans la chambre des enfants pour pouvoir être disponible. Je me sens triste et fatiguée. J’aimerais être libre. Mais je suis attachée aux enfants. Lorsque Maria a eu une forte fièvre, je n’ai pas dormi pendant trois nuits. Et la fois ou Paul est monté sur rocher et qu’il est tombé, j’ai cru mourir de peur. Heureusement qu’il n’a eu que des égratignures.

Paul, commandeur par Andy et Warren 404

Je m’appelle Paul. J’ai trente ans. Je suis né sur cette terre brûlante, parmi les cannes à sucre et les cris des hommes qu’on bat. Ma mère était domestique, mon père gardien. Je suis commandeur. Esclave, je dirige les autres esclaves sous la menace du fouet. Le maître me fait confiance. Mais il me contrôle au moment où je ne m’attends pas. Je risque moi aussi d’être puni, de gouter au fouet, si je fais mal mon travail. Le matin : réveil à l’aube, répartition des tâches, on se dirige ensuite vers les champs pour couper la canne à sucre. Les esclaves travaillent sous la chaleur, dans la poussière. Je les surveille. Ils doivent tenir le rythme. Aujourd’hui un esclave s’est rebellé. Il a voulu s’échapper. Je lui ai couru après. J’ai pu le rattraper. Il a eu droit au fouet. Il hurlait de douleur. J’étais triste. Mais malheureusement, c’est mon rôle. Après une courte pause pour manger, d’un claquement de fouet, je remets tout le monde au travail. Dès mon retour je dois rendre des comptes au maître. Je lui fais part de ce qui s’est passé. Selon lui, je fais du bon travail. Je rentre ensuite dans ma case. Je n’arrive pas à dormir. Qui suis-je ? Un esclave ? Un traitre aux yeux des autres esclaves qui me détestent ? Celui dont le maître se sert pour les terroriser, les punir ?