Aliénation parentale : une étude du concept et des pratiques

Publié le 6 février 2024

L’ Observatoire de l’enfance, de la jeunesse et de l’aide à la jeunesse belge dresse un état des lieux du concept d’aliénation parentale. Au-delà des définitions, il alerte sur la grande complexité des situations et invite les professionnels à se recentrer sur les droits fondamentaux et les besoins de l’enfant.

Syndrome d’aliénation parentale : définition Il est traditionnellement considéré que Richard Gardner, professeur américain de pédopsychiatrie et de psychiatrie, est à l’origine du concept de syndrome d’aliénation parentale, qu’il définit, en 2002, comme « Trouble de l ‘enfance qui survit presque exclusivement en contexte de disputes concernant la garde de l’enfant. Sa principale manifestation consiste en une campagne de dénigrement injustifiée, menée par l’enfant contre un parent. Cette situation résultant de l’endoctrinement de l’enfant par un parent qui utilise des stratégies de programmation (lavage de cerveau), combinées aux contributions de l’enfant lui-même à l’vilissement du parent visé. »

En termes de résultats, cette recherche a permis une incursion approfondie dans le champ des séparations parentales complexes, qu’elles soient fortement conflictuelles ou qu’elles se déroulent dans un contexte de violences domestiques, de violences familiales ou de contrôle coercitif. Ce thème touche à une véritable question sociétale qui touche de nombreux enfants. La Belgique figure en effet depuis de longues années parmi les pays qui affichent un grand nombre de divorces. Or, une séparation, surtout si elle est complexe, aura des conséquences particulièrement importantes sur les enfants et les partenaires. Dans ce contexte, le concept d’aliénation parentale a émergé il y a de cela une quarantaine d’années et a connu une expansion importante en droit belge depuis le début des années 2000. Ce rapport a été l’occasion d’approfondir la nature de ce concept et d’en évaluer la pertinence, tant dans la littérature qu’auprès de chercheurs, entrepreneurs moraux et praticiens, ayant développé une expertise en la matière en Belgique francophone. Des perceptions et des pratiques plurielles ont pu être mises en lumière.

Si le rapport a pu montrer les tensions qui suscitent le recours à la notion d’aliénation parentale, il apparaît en réalité qu’en filigrane, une vision du sujet peut réunir l’ensemble des théoriciens et acteurs de terrain : –
les violences domestiques et les familiales sont trop peu détectées, suivies et accompagnées adéquatement et il est urgent de trouver des solutions ; 
– les hauts conflits familiaux, à égalité, sont en augmentation constante et ont un impact majeur sur les familles, notamment sur les enfants.

Neuf recommandations en découlent :
– Recommander tant aux différentes autorités (législatives, exécutives et judiciaires) qu’aux acteurs de la justice familiale, de l’aide à la jeunesse et de la protection de la jeunesse de ne plus mobiliser le concept d’aliénation parentale. 
– Remettre l’enfant comme sujet au cœur du système, en veillant au respect de ses droits, besoins et intérêts. 
– Respecter les droits de chaque membre de la famille et travailler le système familial. 
– Développer et diffuser des outils et méthodologies pour détecter les situations de (hauts) conflits à égalité ou de violences/contrôles coercitifs. 
– Reconnaître la complexité des situations post-séparation, notamment lors d’une rupture de lien, ainsi que leur étiologie multifactorielle, élaborer des approches multidisciplinaires, dynamiques et complexes dans la prise en charge des familles post-séparation et augmenter les moyens. 
– Évaluer et, le cas échéant, modifier les règles belges relatives à l’autorité parentale et à l’hébergement post-séparation. 
– Faire évoluer la justice familiale pour mieux outiller les juges dans les procédures traditionnelles ou les acteurs des méthodes alternatives de résolution des conflits. 
– Reconnaître et accompagner la responsabilité des professionnels. 
– Enfin, de nouvelles recherches viendront adéquatement compléter la recherche entreprise.


 Le rapport final et complet est à votre disposition si vous me le demandez.

Cordialement,

Christine Visnelda Douzain, 

Psychiatre

c.douzain@epsmr.org

Présidente de l’association SPOI-R 

christine.douzain@gmail.com