On a rencontré un auteur (qui nous a bluffés)

Au lendemain de la matinée UNESCO, Eric Magamootoo nous a fait l’honneur de revenir au lycée pour rencontrer notre classe. Nous avions des questions à partir de notre lecture d’extraits de son autobiographie : Une enfance réunionnaise – Chap lo mail. … Et en fait, le moment a été si intense en émotions que ça n’a pas pris la forme d’une interview classique.

En mars, c’est la « semaine de la presse et des médias » dans tous les établissements de France. L’occasion de se pencher sur ce domaine-clé de l’information de la population. Au terme de cet atelier, travaux pratiques : mener une interview auprès de la personne de notre choix. Thème, celui de la journée UNESCO : « Héritage : continuité ou rupture ? ». Pour beaucoup d’entre nous, ce fut l’occasion d’interroger nos proches pour mieux connaître notre histoire familiale : est-ce que mes parents ou moi-même perpétrons des traditions familiales ? Les a-t-on oubliées ou rompues ? Ou bien les avons-nous conservées sous une autre forme ? En audio, vidéo ou sous forme d’article de presse écrite, nous nous sommes adonnés au journalisme d’investigation le temps d’un atelier.

L’arrivée de M. Magamootoo approche : nous avons lu des extraits de son autobiographie sur son enfance à La Réunion (on en a parlé dans notre article précédent sur le site du lycée) et échangé sur les impressions que ses mots suscitent en nous. Nous avons préparé nos questions à partir de cela : colère, résilience, question de la rancune ou du pardon ? Joie des plaisirs modestes qu’offre la vie, éveil à la culture, passage à l’adolescence, rapport au passé et espoirs pour l’avenir du jeune « Rico », du livre, on voulait tout savoir.

… Mais Eric Magamootoo n’est pas de ces invités qui s’assoient sur une chaise et attendent les questions. On a tous senti qu’il était venu plus pour nous rencontrer que pour parler de son livre.

Voici quelques uns de nos compte-rendus à l’issue de cette rencontre :

Le jeudi 30 Avril, nous avons eu l’occasion de rencontrer Eric Magamootoo l’auteur du livre « Chap lo mail » où il raconte son enfance. Monsieur Magamootoo est un ancien avocat, descendant d’esclaves mais il ne le découvrira uniquement après avoir fait des recherches sur ses origines. Ses parents ne lui ont jamais parlé de ses origines, ce qui a fait que pendant des années il ne savait pas qui il était.

Il a grandi dans un climat violent, son père battait sa mère qui était alcoolique et son plus grand rêve était de ne plus voir sa mère souffrir. Durant son enfance, sa mère perd un enfant et cela le traumatise au point qu’il n’assistera pas à la naissance de ses propres enfants.

Adulte, il devient avocat. Après un accident, il abandonne sa carrière, vend tout ce qu’il a, devient producteur d’huile d’olive en Grèce et décide de raconter son histoire en écrivant son livre « Chap lo mail », malgré sa dyslexie. Écrire son histoire a été une épreuve difficile car cela lui a fait se remémorer ses blessures et ses traumatismes d’enfant. Il écrit son autobiographie pour que ses petits-enfants découvrent leurs origines pour mettre fin aux secrets de famille.

Malgré son enfance difficile, monsieur Magamootoo a pardonné à ses parents et ne garde aucune rancœur envers eux car l’amour est plus important que tout.

Pour finir, il estime qu’on ne doit pas battre ses enfants.

Lucille.

La rencontre avec Monsieur Magamootoo  a été pour moi une véritable expérience .  Il nous a expliqué que son livre n’a pas été écrit comme un refuge personnel mais plutôt pour montrer que les enfances réunionnaises n’ont pas toujours été simples pour tout le monde  et que cette réalité méritait d’être racontée surtout aux jeunes générations.  Ce qui m’a profondément touché, c’est qu’il a eu un arrêt cardiaque  et cet événement inattendu l’a poussé à prendre conscience qu’il était urgent de faire des recherches sur ses origines et son passé, avant qu’il ne soit trop tard. Il nous a également dit quelque chose qui m’a beaucoup marqué : ce n’est pas parce que l’on est dyslexique que l’on ne peut pas écrire un livre. Cette phrase qu’il a dite m’a montré que ce n’est pas parce que l’on a des difficultés que l’on ne peut pas réaliser quelque chose qui nous tient à cœur.  Il nous a aussi parlé de la beauté de mélanger le français et le créole car selon lui cette mixité enrichit notre façon de nous exprimer.  Une autre chose qui m’a touchée, c’est lorsqu’il nous a confié qu’il existe une loi qu’il respecte dans sa vie : l’amour, et l’interdiction de la rancœur. Ces mots simples m’ont fait réfléchir sur ma propre manière de voir les choses, ça m’a permis  de me remettre en question.  Il nous a également rappelé que tant que l’on peut faire des recherches sur nos origines, il est important de le faire car c’est une partie de nous que l’on ne doit pas laisser s’effacer. Ce qui m’a aussi ému  c’est qu’il est le seul de sa famille à s’être reconstruit et ce n’est pas un hasard, mais parce qu’il a fait le choix courageux de se faire aider.

   Enfin, en nous parlant  de l’un de ses meilleurs souvenirs d’enfance, celui où il aimait entendre grizouiller les saucisses fumées , il m’a montré que les choses les plus précieuses dans la vie sont souvent les plus petites, celles que l’on remarque à peine mais qui font toute la différence. Je repars avec une nouvelle façon de regarder la vie et mes propres origines.  

Elisabeth

Le Jeudi 30 avril, nous avons rencontré Eric Magamootoo qui est venu parler de son livre et de son parcours de vie. Éric Magamootoo a vu cette opportunité de nous raconter son parcours de vie comme un cadeau .

Il nous a d’abord parlé de sa vie avant son accident. Il était avocat, chef d’entreprise. Mais il n’était pas si heureux avec tout ce qu’il avait … Un jour il eu un accident, son cœur s’arrêta…mais grâce à un médecin son cœur put rebattre. Et à cause de cela il changea de vie il a vendu sa maison, ses entreprises et tout ce qu’il avait à la Réunion. Il acheta une petite maison en Grèce.

Mais il ne savait pas d’où il venait. Alors, avec son frère, il entreprit cette aventure de découverte de ses ancêtres. Ils découvrirent aux archives départementales que sa mamie était une esclave de Madagascar qui résidait et travaillait à Saint Benoît. Ils apprirent dans les archives de l’île Maurice qui étaient leurs aïeux côté paternel et qu’ils s’appelaient Nagamootoo et pas Magamootoo. Après ce périple il était très fier.

Il nous expliqua son enfance. Il vivait dans la misère. Pour manger, il devait demander à sa voisine des brèdes morongue mais des fois il dormait le ventre vide .

Il était tout le temps dernier de sa classe car il avait un handicap, la dyslexie, et donc il se faisait battre par son père. Son père l’a frappé devant la classe. En 4eme il arriva avec tout les kaniars, la classe abandonnée. Un  jour un professeur remplaçant dit devant sa classe de partir voir un film. Eric Magamootoo est allé le voir et il est devenu un grand fan de cinématographie. De plus il lut plein de livres comme L’Etranger d’Albert Camus. Grâce à cela il sentit qu’il grandissait mentalement.

Il a aussi répondu à plusieurs de nos questions. Par exemple, lorsqu’on lui a demandé s’il avait de la rancœur envers ses parents, il a répondu que non, car il avait surtout de l’amour pour eux. Nous lui avons aussi demandé s’il était soulagé d’avoir laissé son surnom d’enfance « Rico ». Il a expliqué qu’il avait finalement repris ce nom et qu’il avait compris qu’il ne devait pas le considérer comme une faiblesse.

Grâce à cette rencontre, j’ai pu comprendre les séquelles et les conséquences de l’esclavage, mais aussi l’importance de connaître ses origines et de persévérer malgré les difficultés.

Maël.

Lors de cette rencontre, M. Magamootoo nous a partagé son histoire personnelle, qui m’a beaucoup touchée. Il nous a parlé des moments difficiles qu’il a vécus dans sa vie, mais aussi de la manière dont il a réussi à avancer malgré tout.

Il nous a expliqué qu’après un arrêt cardiaque, il avait complètement changé sa façon de voir la vie. Il a décidé de moins se concentrer sur le matériel et de se rapprocher davantage de sa famille et de son histoire. En faisant des recherches sur ses origines, il a découvert que son arrière-grand-mère réunionnaise était esclave. Cette découverte lui a permis de mieux comprendre certains silences dans sa famille et certaines souffrances transmises de génération en génération. Malgré cela, il a dit être fier de ses origines.

Il nous a aussi raconté son enfance compliquée. Il vivait dans un bidonville et avait des conditions de vie très difficiles. En plus de cela, il souffrait de dyslexie et se sentait souvent incompris à l’école. Il trouvait que le système scolaire n’était pas adapté à son handicap. Il a également évoqué plusieurs traumatismes qu’il a vécus durant son enfance.

Un jour, un professeur lui a conseillé d’aller voir le film Zazie dans le métro dans un centre culturel. Petit à petit, cet endroit est devenu important pour lui. Il y a découvert le cinéma, la lecture et la culture. Il s’est reconnu dans certains personnages et cela lui a donné envie d’avancer et de se construire un avenir. Grâce à sa motivation et aux techniques qu’il a développées pour réussir malgré sa dyslexie, il a finalement obtenu son bac avec mention.

Pendant les échanges, il nous a aussi parlé de sa relation avec sa mère, qui souffrait d’alcoolisme. Même s’il a voulu prendre ses distances à un moment de sa vie, il a expliqué qu’il n’avait aucune haine envers ses parents. Pour lui, le plus important est de garder de l’amour en soi.

Il nous a ensuite parlé de son livre, qu’il a choisi d’écrire en partie en créole afin de valoriser cette langue qu’il trouve très riche. Il a expliqué que l’écriture avait été difficile et très émouvante, car cela lui faisait revivre certains souvenirs douloureux. Mais selon lui, écrire lui a aussi permis de guérir petit à petit.

Enfin, il nous a confié qu’il avait écrit ce livre pour ses petits-enfants, afin que les nouvelles générations ne portent pas les souffrances du passé. Il nous a également parlé de son amour pour la Grèce, du traumatisme vécu par son frère et sa sœur, ainsi que du suivi psychologique qu’il a lui-même eu pendant plusieurs années. Pour terminer, il a cité une phrase d’Albert Camus : « Un homme, ça s’empêche » une phrase qui semble beaucoup le représenter.

Cette rencontre a été très enrichissante et émouvante. Elle m’a permis de réfléchir à la force mentale, à la persévérance et à l’importance de ne jamais abandonner malgré les difficultés de la vie.

Lucie.

« Le 30 avril, avec la classe , nous avons eu l’occasion de rencontrer Eric Magamootoo afin de mieux comprendre son parcours. Il est connu pour son livre « Une enfance reunionnaise – Chap lo mail», mais aussi pour avoir été avocat et président de la Chambre de commerce de l’industrie de la Réunion. Au cours de cette rencontre, nous avons pu apprendre d’avantages sur son livre. Notamment, il nous dit que c’est grâce à ses petits-enfants qu’il a décidé d’écrire ce livre. Pour cela, il jeta toutes ses idées sur une feuille puis les organisa pour son livre. Eric nous dit également que malgré son enfance remplie de violence, de douleur, d’humiliation et d’une grande pauvreté, il a réussit à surmonter les épreuves quand un jour, en 4eme, un de ses professeurs lui dit d’aller voir le film « Zazie dans le metro ». Ce fut un déclic pour lui. Il trouva une correspondance entre lui et les film, il commença à lire plein de livres et grâce à ça il réussit à évoluer. Eric Magamootoo a confié que c’était très émouvant d’écrire ce livre et qu’il revivait tous ses souvenirs. Ensuite, il nous a raconté qu’un jour, Nelson Mandela a dit : « Nous avons peur de la lumière » mais que plus on se connaît et qu’on apprend sur nous-même, on va aimer notre histoire. Pour décrire sa vie, il utilisa le mot accueil, car il a accueilli les rires mais aussi la violence. Et il finit par nous donner la définition du mot famille. Pour lui, la famille c’est la famille biologique, les valeurs (car les liens de sang se forgent avec les valeurs) et la magie (car on se sent bien avec les autres).

            Pour conclure, lors de cette rencontre j’ai retenu plein de choses comme le fait que pour lui la réussite, c’était d’être là avec nous. De plus, que la loi la plus importante dans la vie est la loi de l’amour. Et pour finir, il nous a dit une chose qui m’a marqué : « On cueille une fleur, on ne l’arrache pas. « 

Nicolas.

Au cours de l’échange, M. Magamootoo nous a raconté son enfance à La Réunion et les difficultés qu’il a rencontrées. Il nous a expliqué l’importance pour lui de connaître ses origines et de ne pas avoir honte de son histoire familiale, surtout si elle est liée à l’esclavage et aux esclaves affranchis.
Il nous a aussi montré que malgré les injustices et les obstacles, il est possible de réussir grâce au travail et à la persévérance. Il a aussi trouvé la force de pardonner à ses parents le mal qu’ils avaient pu lui faire durant son enfance. Il insiste également sur des valeurs comme le respect, la générosité, le pardon et l’amour des autres, qui pour lui sont plus importantes que la colère.

Cet échange a été intéressant et enrichissant car il permet de mieux comprendre le message qu’il fait passer dans son livre, l’espoir. Livre qui a été publié grâce à ces petits-enfants car M. Magamootoo souhaite laisser une trace de son histoire et de ses ancêtres pour éviter que les erreurs ne soient répétées. Il souhaite montrer, à travers son ouvrage, que même après son enfance difficile, il est possible de devenir plus fort et d’aider les autres. Enfin, je trouve que cette intervention a été très émouvante. Son témoignage nous a permis de mieux comprendre les difficultés qu’il a traversées pendant son enfance ainsi que les injustices qu’il a subies. Malgré cela, il a montré qu’il était possible de réussir grâce au courage, au travail et à la persévérance. Comme il l’a expliqué : « il faut aller vers la lumière » et ne jamais abandonner malgré les obstacles.

J’ai aussi apprécié le fait qu’il parle de ses origines sans honte et qu’il insiste sur l’importance de connaître son histoire familiale. Une phrase m’a particulièrement marqué : « Il y a de l’amour », car, malgré les souffrances de son passé, il ne veut pas vivre dans la haine ou la rancœur.

Enfin, cette rencontre m’a fait réfléchir sur la manière dont les épreuves peuvent rendre une personne plus forte. Son parcours est inspirant et montre qu’il est possible de se reconstruire après une enfance difficile, mais que l’on n’en sort pas indemne. La citation « Un homme ça s’empêche » montre selon moi qu’il faut savoir contrôler sa colère et agir avec respect envers les autres.

Clémence

Nous avons eu l’occasion d’interviewer l’écrivain réunionnais Eric Magamootoo, auteur de l’œuvre autobiographique Chap lo Mail . Au début de l’échange suite à sa présentation, il nous a raconté son enfance difficile : enfant d’une famille très modeste, ayant grandi dans un bidonville et une grande misère sociale ( manque de nourriture, violences intra-familiale…).

A seulement sept ans, il achetait de l’alcool pour sa mère à la boutique du coin parce qu’à cette époque, son principal souhait était de ne plus la voir souffrir, en effet l’alcool lui permettait d’échapper temporairement aux difficultés de leur vie. A l’école, on le considérait comme un « cancre » en raison de ses mauvais résultats et parce qu’ il était entouré d’élèves perturbateurs. Plus tard, il découvrit sa dyslexie.

Son refuge était le cinéma. Il nous a confié que le film Zazie dans le métro avait provoqué un déclic que lui-même ne saurait expliquer. Il utilisa des méthodes pour travailler plus efficacement comme lire des livres régulièrement, aussi l’école était-elle devenue pour lui un véritable lieu rempli de moments extraordinaires.

Par la suite, M. Magamootoo, avec la volonté de retrouver ses racines, apprit que sa mère, de famille asiatique, était une descendante d’esclaves tout comme son père mauricien dont le nom d’origine « Nagamootoo » fut changé en « Magamootoo » en raison d’une faute de frappe. Être issu d’une famille d’esclaves était une honte pour ses parents.

C’est pourquoi nous étions tous étonnés d’appendre que malgré tous les malheurs en lien avec son enfance, il n’a jamais éprouvé de rancœur envers ses parents. Selon lui, ils avaient subi des violences plus importantes. Mais la raison principale est que la loi de l’amour est plus forte que tout parce qu’il continue à les aimer de tout son cœur.

Enfin, son livre  Chap lo Mail  tend à nous sensibiliser à la vie des générations passées et permet également à l’auteur de cicatriser ses blessures provoquées par des traumatismes marquants.

Personnellement, j’ai trouvé ce moment d’échange enrichissant, il nous a permis de mieux comprendre non seulement le livre de M. Magamootoo, mais aussi son histoire personnelle et sa force de résilience.

Tiphaine.

Merci à Madame Couteyen d’avoir été la photographe de ce moment !